Sexe: se libérer des normes et diktats!

Dans « Une sexualité à soi », Laura Berlingo repense les normes qui régissent notre intimité et nous invite à choisir celle qui nous correspond. Interview de la gynécologue française.

Sexe: se libérer des normes et diktats!

Et pourquoi ne pas vivre une sexualité à soi ? Pourquoi ne pas vivre une intimité libérée des normes de la société patriarcale et des injonctions liées au genre ?

C’est ce que nous propose Laura Berlingo. Dans son livre « Une sexualité à soi », la gynécologue obstétricienne à l’hôpital de la Pitié-Salpetrière à Paris déboute tous les clichés liés à notre vie sexuelle. Elle s’attaque aux stéréotypes sexistes et toxiques, aux rapports de pouvoir et domination comme à la culture du viol. Souligne l’importance du consentement. Parle désirs, plaisirs et infections sexuellement transmissibles. Questionne le sacro-saint script sexuel « préliminaire — pénétration – éjaculation » comme la mythologie qui entoure la sexualité à la ménopause. Bouscule la famille. Repense la parentalité. Plaide pour l’auto-exploration. Défend une éducation sexuelle populaire, etc., etc. La liste est longue des sujets abordés. Vous l’aurez compris, la gynéco féministe que l’on connaît aussi pour ses podcasts et ses talk-shows avec les ados, aborde de très nombreux sujets avec légèreté et simplicité. Elle nous fournit les bases d’une réflexion qui peut nous amener à ce que la sexualité devienne un réel espace de liberté et d’égalité !

Notre sexualité n’est pas aussi libérée qu’on voudrait le croire. Bien des stéréotypes sexistes subsistent. Il faut absolument s’en libérer pour vivre sa sexualité ?

« Pour de nombreuses personnes, la sexualité est considérée comme appartenant à la sphère de l’intime. Mais c’est oublier que la sexualité fait partie de la société ; elle est régie par des normes culturelles et sociales héritées de la société patriarcale. Dans mon livre, je propose d’interroger ces normes hétéro-centrées à visée reproductive qui traversent notre sexualité. Ensuite chacun.e choisit de rejeter ces normes ou de les accepter mais en toute conscience. Par exemple, une femme peut trouver désirable qu’un homme la plaque contre un mur et la prenne. Mais ce comportement sexuel masculin s’inscrit dans la culture du viol dont nous avons tous intégré les codes depuis notre enfance. Il faut se rendre compte qu’en France, chaque année 93.000 femmes déclarent avoir été victimes de viol ou de tentatives de viol et que dans 90 % la victime connaissait son agresseur. »

Les femmes subissent des normes sexuelles. Les hommes également.

« Historiquement nous héritons d’une société de domination masculine et les normes sont plus limitantes et plus graves pour les femmes. Celles-ci sont soumises à des injonctions paradoxales. Elles doivent avoir une sexualité libérée mais ne pas avoir trop de partenaires. Elles doivent être de bonnes mères mais dès qu’elles ont accouché, elles doivent redevenir des compagnes séduisantes. J’aime bien prendre cette expérience qui demande aux hommes de commenter la tenue d’une femme dont la longueur de la robe varie. Aucune n’est bien ; trop longue signifie que la femme est trop prude ; trop courte fait d’elle une salope.

Mais il est vrai que les hommes subissent également des normes, eux qui doivent être toujours puissants et dominants. Qu’en est-il de tous ceux qui se sentent fragiles, non violents, non virils. Les hommes ont tout avantage à rejeter le système patriarcal. Ils ne devraient pas toujours être virils mais pourraient s’autoriser la sensibilité, la faiblesse, la peur. Au niveau sexuel, ils pourraient érotiser tout leur corps, leurs bouches, cuisses, anus, doigts, aisselles et pas seulement leur pénis. Le pénis a un poids terrible dans leur sexualité. Tout comme la qualité de l’érection et la pénétration. Mais beaucoup d’hommes – un tiers- ont des complexes à propos de leur pénis et de leur érection. Mais peut-on juger de la qualité d’un homme sur base de cela ? Il fait changer ces normes. Si l’on considérait moins le désir et le plaisir masculins comme mécaniques et liés à l’érection, ils pourraient élargir leurs pratiques sexuelles. »

Vous citez les résultats surprenants d’une enquête IFOP de 2019 qui indique que seulement 56 % des hommes affirment qu’un rapport doit comporter une pénétration !

«  Ces chiffres montrent que les choses bougent. Je le constate aussi par la connaissance du clitoris qui s’affiche sur les murs des villes et est au cœur de réseaux sociaux. C’est important car en changeant nos comportements sexuels, on peut modifier nos rapports en société. »

Le sociologue français Michel Bozon a maintes fois souligné que l’intime est le bastion où résiste l’égalité entre les sexes. Qu’en pensez-vous ?

«  Je ne vais pas contredire Michel Bozon mais je pense que la sexualité peut ébranler la société. Notre intimité est politique. Notre sexualité n’est pas innée ou dominée par le biologique. Il y a bien évidemment des aspects biologiques mais il ne faut pas naturaliser la sexualité. Elle est apprise et en réfléchissant aux normes qui régissent cet apprentissage sexuel, on peut la déconstruire si on pense qu’elle ne nous convient pas. »

Vous plaidez pour éducation sexuelle populaire.

« Je suis partisane du fait que ce ne sont pas seulement les médecins, les professeurs et les parents qui doivent parler de sexualité, éduquer les jeunes et leur apprendre à être critique par rapport aux normes qui régissent la sexualité. Je pense que bien d’autres canaux doivent éveiller à une sexualité positive, féministe et qui inclut tout le monde : les réseaux sociaux, comptes instagram, twitter, Tik Tok… Tous ces acteurs doivent participer à ce que nous vivions une sexualité libérée qui défend la liberté de choisir sa sexualité quelles que soient son identité de genre, son orientation sexuelle ou son modèle relationnel. Une sexualité qui permet de vivre l’égalité. »

Une sexualité à soi est paru aux éditions les arènes, 220 p., 18,90 euros

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