Une appli pour mesurer vos performances sexuelles…

Une appli pour mesurer vos performances sexuelles…

Depuis quelques années, vous pouvez suivre et évaluer la « qualité » de votre vie sexuelle via votre smartphone.

Vous placez le smartphone sur votre lit, non loin de l’« action » et vous lancez l’application qui grâce à un capteur de mouvements, va mesurer la durée de la relation sexuelle, la vigueur des coups de rein, leur rapidité et enregistrer le tout dans un calendrier ad hoc…

L’application « x » – on taira son nom – n’est pas la seule à vous proposer de quantifier votre vie intime et tout savoir sur vos performances sexuelles. D’autres varient l’offre et peuvent enregistrer vos gémissements ou vous aider à préciser ce que vous avez fait par des émoticônes : un cœur signifie la pénétration, une bouche correspond à des baisers, un O à un rapport oral, un M à un rapport à trois… Vous recevez des points en fonction des positions et des pratiques et quand vous avez atteint un certain score, vous passez à un niveau supérieur, recevez des médailles de bronze, argent ou or pour être sacré.e et consacré.e meilleur.e amant.e. C’est le narcissisme de chacun.e qui est ainsi flatté ! Ou pas. Mais rassurez-vous, si votre score est mauvais, des programmes peuvent vous coacher et vous conseiller pour améliorer vos points et résultats.

D’autres applications vous suggèrent encore de localiser vos amours sur la carte du monde, de préciser l’endroit, maison, voiture, bateau, ou autre ou de savoir le nombre de calories dépensées ou d’évaluer vos amant.e.s par des cotations. D’autres encore vous poussent à partager ces scores et performances sur les réseaux sociaux pour – on reprend les mots de certaines applis – « rendre les autres jaloux ». Mais quelles que soient leurs spécificités, toutes parlent de votre vie intime en terme de « prouesses », « performances » si ce n’est de « rendement sexuel ». On note au passage que les partisans du mouvement NoFap qui prône l’abstinence masturbatoire a aussi son application !

Épanouissement ou performance

Mais quel est le profil des personnes qui ont conçu de telles applications ? Et quel est celui de ceux et celles qui les utilisent ? Que cherchent les utilisateur.rice.s de SexTrack, Spreadsheets ou autres Sexulator ? Quelle sexualité peuvent avoir les femmes et les hommes si elles/ils pensent que l’épanouissement sexuel est une performance mesurable et quantifiable ? Un rapport sexuel est une rencontre au cours de laquelle deux corps se découvrent, apprennent à se connaître, trouvent leurs accords. Chacun.e est différent.e que ce soit pour les caresses, les baisers, les gestes, positions, enchaînements, lieux, fréquences. L’un.e aime les baisers langoureux, l’autre les caresses qui claquent, suivies de coït rapide ou long, doux ou vigoureux, varié ou non. Ou pas de coït du tout et que des jeux érotiques. Ou pas de préliminaires et que de la pénétration multiple et variée. Pas de règles en la matière et surtout pas de performance. Stop aux injonctions qui nous contraignent à baiser souvent et librement et toujours autrement. Chacun.e décide et ressent et s’accorde à l’autre.

Mais on laisse le mot de la fin à Sara Piazza, docteure en psychopathologie du Centre de recherches psychanalyse, médecine et sociétés de l’Université Paris Diderot qui dans « Faire genre. Les adolescentes, leur sexe et la question de la sexualité » (1) met de telles applications en lien avec notre société qui pousse chacun.e à vivre une sexualité de performance pour faire croire aux autres qu’on est épanoui.e et bien dans sa peau. « Ainsi l’injonction médiatique et sociale à être un bon coup amène certaines adolescentes et jeunes femmes à « faire genre », c’est-à-dire à feindre le désir, à mimer le plaisir, et surtout à le partager avec les autres « amies » – mais on peut identifier que celles-ci, dans leur discours, prennent la place de rivales – afin d’être reconnues comme appartenant à la bonne catégorie de genre, à savoir le genre féminin, et ainsi, de façon littérale, « faire » genre féminin. »

(1) Sara Piazza dans « Les Sciences du désir. La sexualité féminine, de la psychanalyse aux neurosciences. » Ed Le Bord de l’eau, 2018.

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