«Nos désirs ont besoin d’air!»

Les désirs et plaisirs féminins sont au centre d’« À mains nues », la lecture spectacle d’Amandine Dhée accompagnée en musique par Thimothée Couteau. Interview de la talentueuse jeune auteure française qui sera au Théâtre Le 140 ce mois d’octobre.

«Nos désirs ont besoin d’air!»

Ne pas vivre l’amour comme ses grands-parents, assumer ses désirs, fantasmer, se masturber, ne pas tromper en prétextant des réunions tardives, être foudroyée par un cunni, découvrir le continent clitoris, s’aimer librement… Tout et davantage !

Durant plus d’une heure, Amandine Dhée nous parle de l’intimité féminine et surtout des désirs et volontés de plaisirs que les femmes peuvent avoir à différents âges. Sans vulgarité aucune mais avec une franchise jubilatoire, avec non pas de la pudeur mais une grande subtilité et un immense respect pour chacune et chacun, l’auteure et comédienne française lit en musique des extraits de son essai « A mains nues » pour parler de la sexualité féminine à moins qu’il ne faille dire féministe car le propos sexo est libératoire et politique !

Les expériences sexuelles et affectives sont évoquées avec justesse, nuance, vérité ! Tout comme les enfermements et conditionnements. À voir pour réfléchir à l’amour qu’on veut. À écouter aussi car les explorations d’Amandine sont entrecoupées des morceaux de musique de Timothée Couteau. Tous deux travaillent ensemble depuis plusieurs années. Chaque performance est l’occasion de retrouver l’équilibre entre des paysages sonores créés en résidence et la fraîcheur de l’improvisation.

Comment avez-vous monté ce spectacle ?

« Le spectacle st une lecture musicale adaptée de mon livre « A mains nues » paru aux éditions La Contre Allée. J’ai sélectionné des extraits du livre pour former une trame puis j’ai partagé une résidence de création avec le violoncelliste Timothée Couteau. Celui-ci a proposé les paysages sonores que lui inspirait le texte. La lecture musicale est alors devenue un autre objet que le livre, une proposition de voyage à vivre avec les spectateurs et spectatrices. »

Vous parlez sans tabou de masturbation, fantasme, amour libre. Cette liberté vous coûte ? Comment l’avez-vous acquise ?

« Je dirais plutôt que c’est le silence qui me coûte ! Le fait de taire nos sexualités, de laisser la honte ou la bien-pensance prendre le dessus. Nos désirs ont besoin d’air… À vrai dire on parle beaucoup de la sexualité des femmes, mais avec beaucoup de clichés et un grand manque d’originalité (et d’humour, aussi). Quand il s’agit de sexualité, les femmes sont souvent perçues comme des objets plutôt que des sujets.

On me pose souvent la question des tabous à propos d’« A mains nues » parce que je parle de sexualité mais à vrai dire c’est le cas pour tout projet littéraire : l’auto-censure est une ennemie.

Je sais que le féminisme, la création, l’amour et l’amitié sont de puissants alliés. Mais je mentirais en disant que je me sens entièrement libre, je me bats toujours pour cette liberté, et c’est cette bataille qui donne matière à écrire. »

Vous démarrez le spectacle en parlant d’amour libre, c’est une solution à la routine de l’amour.

« Je parle d’amour libre, oui, pour montrer à quel point la narratrice est tiraillée entre l’envie de correspondre à de grands idéaux généreux (ne pas s’appartenir dans un couple) et ce qu’elle sent de ses propres limites et fragilités. Je ris de ce décalage entre nos aspirations et notre difficulté à les incarner au quotidien.

J’essaie de dire aussi que la liberté dans un couple peut prendre d’autres visages, à travers des amitiés profondes ou la quête de solitude. »

Vous dites à un moment « Je veux mouiller » ! Que voulez vous dire par là ? Que vous voulez plus d’excitation, de tensions sexuelles, plus de « sauvagerie »

« Cette phrase est prononcée par la narratrice adolescente, qui s’éveille à la sexualité. Elle a eu jusque-là un rapport assez conflictuel avec son corps, elle le surveille, veut le contrôler, essaie de le faire correspondre à une certaine norme. La découverte du plaisir lui offre un espace de réconciliation avec elle-même, la rassemble tête et corps. «  À mains nues » parle de désir naissant, et de l’importance de le défendre. Je voulais certes évoquer ce qui peut menacer le désir des femmes, mais aussi écrire une sexualité solaire. »

Les femmes perdent le désir plus vite que les hommes. C’est d’ailleurs la première raison de consultation des femmes en sexologie. Quelle en serait la raison selon vous ?

« Je suis écrivaine, et non sexologue. J’ai écrit ce texte car je me pose beaucoup de questions et que j’ai eu envie de leur donner forme. J’ai écrit parce que justement, je ne savais pas, je ne suis pas une spécialiste. À ce titre, j’ai peu de conseils à donner…

Ce que je peux dire toutefois, c’est que j’ai le sentiment que les femmes sont fatiguées. Vous n’imaginez pas le nombre de femmes que je croise qui me disent leur épuisement. Elles assurent, elles sont de mères, de bonnes professionnelles, des amies présentes, etc. Mais elles sont fatiguées. Je crois que le désir a besoin de temps et d’espace pour se déployer, et qu’il est difficile pour lui de s’exprimer dans un esprit saturé et/ou un corps exténué. »

Votre spectacle est engagé ? Féministe ? Politique ?

« Oui, mon spectacle est politique, dans le sens où il donne à voir des endroits de frottements, de friction, et où il tente de faire émerger une parole peu entendue. Politique aussi dans le sens où il pose des questions, interpelle. Ensuite chacun et chacune s’emparera du texte comme il l’entend. Cette liberté laissée aux lecteurs et lectrices est aussi fondamentale, je ne veux rien asséner. »

À mains nues

Le 8 octobre 2020 à 20 heures

Au théâtre 140

Avenue Plasky 140,

Schaerbeek

www.le140.be

Une co-présentation de Passa Porta et du 140

Texte et interprétation : Amandine Dhée

Création sonore et musicale, violoncelle : Timothée Couteau

Production : La Générale d’Imaginaire

Coproduction : Les Éditions La Contre Allée et la Ville de Bailleul

Soutien : La maison Folie Beaulieu

Le texte « A mains nues » est paru aux Éditions La Contre Allée, 114 pp., 16 €.

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