Viol, le fantasme sexuel qui dérange

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Comment comprendre que certaines femmes sont excitées par des phantasmes de domination extrême?

Viol, le fantasme sexuel qui dérange

Le viol est une horreur sans nom, une violence terrible aussi psychologique que physique. Et la justice est là pour souligner sa gravité, le qualifiant de « crime » passible d’années d’emprisonnement : de 5 à 10 ans et même davantage quand des circonstances viennent l’aggraver.

Étonnamment, cet acte abominable est un fantasme féminin relativement fréquent puisqu’il serait partagé occasionnellement – 3 à 4 fois par an – par quelque 60 % des femmes, si l’on en croit certaines études (1) ! Plus précisément, il serait davantage développé par les femmes qui ont confiance en elles, sont expérimentées, apprécient le sexe, l’abordant de façon ouverte et non restrictive (2).

Comment comprendre qu’imaginer une agression sexuelle puisse exciter et faire monter le plaisir ?

Pas d’amalgame : le fantasme n’est pas la réalité ! 

Maints psys et sexologues ont tenté de répondre à cette question aussi délicate que dérangeante. Mais avant d’évoquer quelques explications, rappelons que le fantasme appartient au monde de l’imaginaire et non à la réalité et qu’aucune femme ne désire jamais être violée, même celle qui fantasme cette violence. Le fantasme sexuel est une production psychique imaginaire à caractère sexuel ; c’est ce petit film que l’on se projette dans la tête et qui notamment, porte le désir et soutient l‘excitation. Ce n’est pas la réalité ! Sans doute faudrait-il appeler autrement ce fantasme sexuel pour qu’on puisse tenter de le comprendre plus sereinement. Plutôt que de parler de fantasme de viol, il vaudrait mieux parler de fantasme de soumission. Mais en aucun cas, jamais, quel que soit son appellation, il ne faut que cette « fantaisie sexuelle » puisse inciter à une telle violence.

Pourquoi certaines femmes s’exciteraient-elles en s’imaginant contraintes aux désirs violents et agressifs d’un homme ? Pour certains sexologues, ce fantasme permet de se laisser aller plus librement au plaisir et à la jouissance sans craindre le jugement de l’autre. Prises de force, les femmes se donnent l’illusion qu’elles n’ont pas le choix et peuvent jouir sans la culpabilité d’être les initiatrices du rapport.

Un fantasme qui flatte l’ego

Ce fantasme serait ainsi une réponse inconsciente à la difficulté des femmes à assumer leur sexualité. Par cette « fantaisie » de soumission, elles peuvent se laisser à leurs désirs sexuels sans culpabilité aucune puisque le rapport n’a pas été voulu mais imposé. L’explication est intéressante mais butte contre le fait que ce sont les amantes les plus libres dans leur corps qui le développent…

Selon d’autres sexologues, cette « fantaisie sexuelle » s’expliquerait par le fait qu’elle renforce le narcissisme, si essentiel au désir. Les femmes s’imaginent tellement séduisantes que les hommes qui les croisent, s’enflamment pour elles, et ne peuvent contenir leurs envies. Ils sont prêts à braver les lois et à payer les conséquences de leurs actes tant ils sont séduits.

Sans doute…

Le reflet de la société patriarcale

Mais pourquoi les femmes, même décrites comme libres et à l’aise avec leur sexualité, développent-elles ce fantasme ? Les hommes épanouis dans leurs sexualité, partagent peu cette « fantaisie » ! La réponse pourrait venir de la société et de la place que les femmes y occupent. Ce fantasme de viol – ou plutôt de soumission – s’inscrit dans une société et une époque bien précises. Comme tous les fantasmes. Et en ce troisième millénaire, l’Occident défend l’égalité entre les sexes mais n’y parvient pas. Les femmes ne vivent pas encore l’égalité et particulièrement dans le domaine intime. Elles ne disposent pas de la même liberté sexuelle que les hommes, soumises encore aux stéréotypes sexuels de genre. Surtout elles sont davantage fragilisées dans les relations amoureuses et sexuelles qui aujourd’hui privilégient l’indépendance, craignent les engagements, redoutent les émotions et sacralisent la beauté et la jeunesse des corps féminins, comme l’explique la sociologue Eva Illouz dans son essai « Pourquoi l’amour fait mal ».

Le fantasme dérangeant du viol refléterait ainsi le statut des femmes et leur soumission forcée dans la société. De même, les hommes ne partagent pas cette « fantaisie » car ils héritent du monde du patriacat qui les place d’emblée en position d’autorité et de domination. Une explication qui pourrait être corroborée par le fait que les femmes qui ont le pouvoir et occupent des postes à responsabilité ont davantage de fantasmes sadiques que masochistes (3). Mais pour bien des femmes, l’égalité reste un combat. Le fantasme de soumission pourrait être dès lors un moyen de dépasser par le plaisir la domination à laquelle elles sont contraintes. Peut-être si la société occidentale continue de progresser vers plus d’égalité, pourrait-il devenir moins fréquent ?

Au-delà de ces explications, ce fantasme doit encore être mis en lien avec la puissance de la sexualité qui charrie bien des pulsions et violences qui font fi des tabous et interdits…

(1)Women’s Rape Fantasies : An Empirical Evaluation of the Major Explanations. Etude de Bivona JM, Critelli JW, Clark MJ. Publication dans Archives of Sexual Behavior en 2012 » The Nature of Women’s Rape Fantasies : An Analysis of Prevalence, Frequency, and Contents. Etude de Bivona J1, Critelli J. Publication dans, «  Journal of Sex Research (2009). (2) Force in women’s sexual fantasies. Etude de D S Strassberg, L K Lockerd. Publication dans Archives of Sexual Behavior en 1998 (3) Power and Sadomasochism : Understanding the Antecedents of a Knotty Relationship. Etude de Joris Lammers et Roland Imhoff. Publication dans Social Psychological and Personality Science en 2015.

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