Amour: les hommes ont-ils peur des femmes intelligentes?

Amour: les hommes ont-ils peur des femmes intelligentes?

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La beauté des femmes ! Dieu sait si elle compte aux yeux des hommes pour choisir leurs partenaires amoureuses. Mais comme l’explique Lubomir Lamy dans « Psychologue des beaux et des moches » (éd Sciences humaines), elle ne suffit pas ! Pire, elle dessert si elle s’accompagne d’un discours médiocre et d’intentions vulgaires. Et le professeur de psychologie sociale à l’Université de Paris de citer diverses études qui montrent qu’au-delà de l’attraction initiale, les qualités intérieures comptent.

Nous voilà rassuré.es ! Mais quelles sont ces qualités féminines intérieures appréciées en amour ? La gentillesse ? L’altruisme ? Le dévouement ? Autant de vertus que l’on a souvent prêtées aux femmes. Ou est-ce plutôt l’intelligence ? La force de caractère ? L’ambition ?

La peur d’être rejeté

Ces trois dernières qualités, quand les femmes les possèdent, ne seraient guère trop appréciées par certains membres de la gent masculine. Si l’on en croit une étude (1) centrée sur les « speed-dating », ces rendez-vous de quelques minutes qui vous permettent de rencontrer un.e partenaire amoureux.se, les hommes – les 202 étudiants masculins de l’Université de Columbia en tout cas – ne veulent pas se lier à de telles femmes car ils demandent rarement un second rendez-vous quand ils estiment que l’intelligence ou l’ambition des femmes rencontrées sont supérieures aux leurs. Ce qui fait dire aux auteurs de la publication qu’« en moyenne, les hommes n’apprécient pas l’intelligence ou l’ambition des femmes quand elles dépassent les leurs » Et ces psys d’expliquer cela par la « peur d’être rejetés par ces femmes de plus haute qualité. »

Peut-être…

Plus de divorce pour les femmes intelligentes

Tant d’études confirment cette crainte masculine vis-à-vis des femmes fortes et intelligentes. Dans un article du New York Times de mars 2018 (2), le professeur d’économie à Harvard, Sendhil Mullainathan en évoque quelques-unes, références scientifiques à l’appui : celle qui montre que les femmes suédoises élues en politique paient fréquemment leur victoire par un divorce, au contraire des politiciens masculins ; celle des femmes chefs d’entreprise qui vivent aussi davantage de divorce que leurs homologues masculins ; celle qui montre que les femmes gagnant plus que leurs maris, doivent compenser la chose, s’en excuser, en assumant davantage de tâches ménagères qu’eux. Ce qui ne leur évitera pas le divorce ; les taux montrent que ces couples connaissent un taux de divorce plus élevé que la moyenne.

Comment comprendre cet état de fait ? Les hommes ont-ils peur de ces femmes qui s’approprient les qualités intellectuelles et forces financières qu’on a longtemps attribuées aux seuls hommes ? Craignent-ils d’être rejetés par ces femmes ? Ou plutôt d’être dominés et de perdre leur statut de mâle dominant ?

Le refus de perdre la domination

On penche davantage vers cette dernière explication ! Et Eva Illouz confirme cette volonté de domination masculine qui se perpétue dans notre société occidentale malgré la reconnaissance de l’égalité entre les sexes. Dans son passionnant essai « La fin de l’amour », la sociologue souligne cette peur masculine des femmes intelligentes et ambitieuses, la complète en expliquant que si les hommes ont des difficultés à apprécier les femmes qu’ils considèrent comme plus intelligentes qu’eux, ils n’ont pas de problème à choisir des compagnes qu’ils estiment plus belles ou plus attirantes qu’eux ! Au contraire, de telles partenaires deviennent des faire-valoir montrant leur puissance sociale et leur pouvoir de séduction. « Définir la valeur de la femme par son attirance sexuelle est une façon indirecte de dénigrer les talents et l’intelligence des femmes, de les maintenir à une place où elles sont définies et valorisées par leur sexualité, place sociale inférieure à celle des hommes, ce qui permet d’affirmer la domination économique et sociale des hommes sur elles. » écrit Eva Illouz dans son essai paru février de cette année aux éditions du Seuil.

En ce troisième millénaire occidental, au prix de nombreuses luttes, les femmes ont investi les bancs des universités comme bien des domaines professionnels. Mais si des progrès sont manifestes, le principe de l’égalité n’est pas encore acquis et il résiste particulièrement dans la sphère intime. La vie sexuelle célèbre aujourd’hui la liberté mais, explique Eva Illouz, celle-ci dessert les femmes qui sont toujours conditionnées à lier sexe et sentiments, à intégrer les rapports sexuels dans des relations humaines et émotionnelles alors que les hommes eux se permettent de vivre le sexe pour le sexe. Mais en même temps, explique la sociologue et directrice d’études à l’EHESS à Paris dans « La fin de l’amour », cette liberté sexuelle est devenue un enjeu économique dont s’est emparé le capitalisme aux mains des hommes. Les industries de la mode et des cosmétiques, la télévision, la publicité, le cinéma, la pornographie ont profité de cette liberté sexuelle pour enfermer les femmes dans ce statut d’objets sexuels.

Des femmes toujours objets sexuels

«  De même la féminité est une performance visuelle dans un marché contrôlé par les hommes, destinée au regard masculin et consommée par les hommes. Si la sexualité traditionnelle des femmes s’échangeait contre l’argent et le pouvoir détenu par les hommes, elle se situe désormais dans un marché où le corps sexualisé de la femme est constamment approprié par le regard masculin. C’est pourtant par l’exercice de leur liberté que les femmes sont tenues d’afficher leur sexualité. Elles montrent leur pouvoir en transformant la valeur sexuelle de leur corps en performance esthétique, symbolique et économique. » écrit-elle.

Malgré les luttes féministes, les femmes sont encore et toujours réduites à être des corps séduisants. Soumises aux diktats de la beauté, de la jeunesse et trop souvent privées du droit d’être brillantes intellectuellement et ambitieuses.

(1) Gender differences in mate selection : evidence from a speed dating experiment. Etude de R. Fisman, SH. Iyengar, E. Kamenica, I. Simonson ; en tout cas les 202 jeunes hommes qui ont participé à l’étude, Etude publiée en mai 2006 dans The Quarterly Journal of Economics. (2) The Hidden Taxes on Women. article de. Publié en 2018 dans The New York Times.

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