Boris Vian pornographe

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Que n’a-t-il pas fait ? Boris Vian, on le sait, fut cet écrivain d’exception qui nous offrit « L’écume des jours », « J’irai cracher sur vos tombes », « L’Herbe rouge » ou « L’Arrache-Cœur ». Mais Bison Ravi, un de ses pseudos, écrivit aussi des poèmes, des pièces de théâtre, des scénarios de cinéma, des chansons, des nouvelles, des chroniques et des critiques littéraires. Et puis Boris Vian dont on fête cette année le centenaire de la naissance, fut aussi compositeur, musicien de jazz, trompettiste, chanteur, peintre, membre et « satrape » du célèbre Collège de Pataphysique, cette société surréaliste de recherches savantes et inutiles. Et bien sûr, il fut aussi ingénieur. Ne luit doit-on pas cette superbe machine du piano-cocktail qu’il faudrait construire….

Mais on oublie souvent que ce touche-à-tout de talent, cet esprit créatif protéiforme, commit aussi quelques textes légers et osés, très osés même, – osons le qualificatif –  érotiques à moins qu’ils ne soient pornographiques ; ils sont d’ailleurs rassemblés et publiés sous le titre d’ « Ecrits pornographiques » (éd. Le livre de poche). Certes ils sont très peu nombreux mais ils sont jubilatoires, libres, impertinents, changeants, parfois doux, parfois violents, parfois haineux mais souvent drôles. On les savoure en souriant et en riant tant ils peuvent être grossiers et comiques. Pourtant comme l’écrivit Noël Arnaud, écrivain français et lui aussi satrape du Collège de Pataphysique, Boris Vian ne voyait dans la pornographie qu’un « exercice littéraire comme un autre », « l’occasion, de s’amuser ou tenir une gageure ».

On évoque d’abord le texte iconoclaste de « La Messe en Jean Mineur par J.S Bachique » qui évoque les curés pédophiles et se termine par les excès un beau cardinal écarlate qui « encule les enfants de chœur qui chantent faux de tout leur coeur». Le texte de cette chanson bénéficia en 1958 d’une édition clandestine réservée à 69 hauts personnages. Il parut sans nom d’auteur mais avec la banderole de « Bison Ravi ». On ne résiste pas au plaisir d’en citer les premiers vers :

« Amis je veux éjaculer

Tout le vieux foutre accumulé

Dans la boutique de mes couilles

Je sens se roidir mon andouille

Il n’est plus temps de reculer

Mâle, femelle, âne ou citrouille

Ce soir je vais tout enculer….. »

Il y a encore « Les Gousses », une frénésie vaginoclaste écrite avant 1954 où les femmes sont aussi honnies que désirées. Il couche sur le papier à l’encre violette:

« Nous n’avons pas besoin de vous les gousses

Nos sexes resteront las et morts devant vous

Sexes mous  plus méprisants

Que vos miroirs qui vous regardent

Pourtant nous aimerions parfois nous abreuver du lait frais de vos figues fendues. »

Il y a « Liberté », ode à l’amour physique et sexuel qu’il fit circuler dans son cercle d’amis. Il y a « Pendant le Congrès » trouvé dans un agenda de poche à la date du 7 juin 1947 et qui évoque les sexes féminins si dangereux,  parfois dotés de lame de rasoir, parfois garnis de dents, parfois dotés à l’intérieur d’une « longue tige d’os bien pointue ».

Il y a « La Marche du concombre », un texte dans lequel le végétal dialogue avec la jolie Suzon, la supplie de ne pas être mangé. La belle acceptera et fera un autre usage du légume…

Il y a encore « Drencula. Extraits du Journal de David Benson ». Boris Vian conte tous les plaisirs hétéros et homos d’un jeune envoyé dans le  château du comte lové au cœur de la grande forêt de Transylvanie.

Ces quelques textes sont rassemblés dans un petit livre et précédés d’une conférence « Utilité d’une littérature érotique » que Vian donna le lundi 14 juin 1948 au Club Saint James, 58 avenue Montaigne à Paris.  Il y parla de différents auteurs, de Colette, d’Hemingway, d’Apollinaire ou de Sade qu’il refuse de classer dans la catégorie de la littérature érotique puisque ses écrits ne relèvent tout simplement pas de la littérature et que le sadisme est selon lui le pire ennemi de l’érotisme. Il y aborda maints aspects de ce genre d’écrits, ses liens avec l’obscénité, son rôle éducatif, son emploi palliatif,  comme son absence : « il n’y a pas de littérature érotique », écrit Boris Vian car toute littérature peut être considérée comme telle. Même la Bible….  « Il n’y a de littérature érotique que dans l’esprit de l’érotomane », énonce-t-il

Joëlle Smets

Ecrits pornographiques est publié Le livre de poche, 130 p., 5,10 euros

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