L’excitation des femmes…

L’excitation des femmes...

shutterstock

Un décolleté qui dévoile un sein. Un vêtement qui moule les courbes. Des talons qui allongent une jambe. Il ne faudrait rien de plus pour éveiller le désir d’un homme. L’excitation masculine est visuelle. Face à ce mâle prédateur, à ce chasseur né toujours prêt à… tirer…, il y a la femme, l’objet du désir, qui selon notre culture, a une libido plus lente, plus ténue, plus émotionnelle. La femme a (aurait) besoin de temps, de compliments, de gestes tendres (et non directement sexuels), de décors choisis pour désirer et être excitée. Ces différences sexuelles expliquent, selon certains sexologues actuels – et non des moindres – la grande incompréhension érotique entre les hommes et les femmes et les si nombreuses difficultés de nos vies amoureuses et sexuelles.

Pourtant ces spécificités dites et répétées encore aujourd’hui ne sont pas des vérités absolues. Certes, nombre de femmes ont besoin qu’on leur parle d’amour pour qu’elles puissent désirer. Nombre d’entre elles ont besoin d’être charmées, approchées avec douceur pour être excitées et « se donner » – l’expression en elle-même est explicite – mais il semble bien que ce soit la culture qui construise de telles différences, bien plus que la nature. Et l’analyse scientifique de la dimension « excitation » d’une vaste étude allemande (1) le prouve car si l’on croit l’article publié l’année dernière dans PNAS, Proceedings of the National Academy of Science of the United States, biologiquement, les femmes sont tout aussi excitées visuellement que les hommes.

Mêmes réactions aux stimuli érotiques

Se basant sur les données de 61 études scientifiques antérieures qui, au total, ont collecté des données sur 1850 adultes d’orientations sexuelles différentes, les chercheurs et chercheuses allemands ont observé que les cerveaux des hommes et des femmes connectés à une machine d’IRM réagissaient de la même façon aux images et vidéos érotiques. Ces analyses de neuro-imagerie ont montré que les régions du cerveau de l’insula, l’occipital moyen, le gyrus cingulaire et fusiforme antérieur, l’amygdale, le striatum, le pulvinar et la substantia nigra présentaient des activations significatives face aux stimuli visuels érotiques (contrairement aux stimuli neutres) Et les activations de ce qu’ils ont appelé le « réseau d’excitation » ne présentaient pas de différences significatives entre les deux sexes biologiques.

Les chercheurs du Max Planck Institute for Biological Cybernetics de Tübingen affirment ainsi dans leur étude : « Après un examen statistique approfondi de toutes les études importantes de neuro-imagerie, nous offrons des preuves quantitatives solides que la réponse neuronale aux stimuli sexuels visuels, contrairement à la vue largement acceptée, est indépendante du sexe biologique. Les hommes et les femmes montrent une activation accrue dans de nombreuses régions cérébrales corticales et sous-corticales supposées être impliquées dans la réponse aux stimuli sexuels visuels. » Ils reconnaissent que des études précédentes ont établi des différences entre les sexes par rapport aux visuels sexuels, mais les auteurs soulignent que ces travaux antérieurs étaient petits et limités et que de surcroît les différences mises en évidence étaient restreintes et ambiguës quant aux mécanismes neurobiologiques impliqués. Les différences selon le genre étaient largement basées sur une évaluation subjective de l’excitation sexuelle et du désir en réponse aux stimuli sexuels au lieu de compter sur des dimensions biologiques mesurables. Cela signifie concrètement que les cerveaux n’ont pas fait de différence, même si les propos des personnes appartenant aux deux genres étaient différents : les hommes ont déclaré être plus excités et ressentir plus de désir sexuel que les femmes.

Ainsi c’est un nouveau mythe entourant la sexualité féminine qui est ici battu en brèche : l’excitation féminine est aussi visuelle que la masculine ! De quoi convaincre les femmes qu’elles peuvent assumer leurs désirs car elles ne sont pas (seulement) ces madones dévouées et sexuées. De quoi peut-être inciter les hommes à prendre davantage soin de leur corps et de leur allure…

(1) Neural substrates of sexual arousal are not sex dependent : étude de Ekaterina Mitricheva, Rui Kimura, Nikos K. Logothetis, et Hamid R. Noori. Publication dans PNAS en juillet 2019.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :