Soirée effeuillage et séduction

Soirée effeuillage et séduction

Luc De Dooij

Robe pailletée et talons hauts, Peggy roule des hanches, avance ses rondeurs et joue de son boa de plumes roses sur la scène du Cabaret Mademoiselle. De sa voix rauque et imposante, la superbe drag-queen taquine son public qui rit et applaudit puis introduit la belle Nastumi Scarlett qui en kimono, fait voler des papillons de papier grâce à ses éventails. Puis c’est au tour d’Alekseï Von Wosylius d’incarner le lapin fou d’Alice au pays des merveilles et de se déshabiller.

Un autre soir, ce sont Colette Collerette, Big Bertha, Loulou Velvet, le Flying Willy, Miss Anne Trophy, Trixy Tassels, Saskya Von Fotzen ou un autre talent qui peuvent se produire dans des numéros complètement différents. Le Cabaret Mademoiselle mélange les genres et marie les styles : les femmes à barbe partagent la vedette avec des mâles efféminés, des femmes qui font les hommes qui aiment les hommes ; le burlesque et l’effeuillage côtoient la pole dance, l’acrobatie, le chant, la danse, la musique, le stand up, la prestidigitation ; les années 20 succèdent aux 50… Autant de shows qui se veulent – et sont – artistiques et érotiques, engendrant une atmosphère tout à la fois feutrée et joyeuse, osée et chaleureuse.

Luc De Dooij

Cela fait deux ans que Renaud Delauvaux, alias Mademoiselle Boop, a créé ce lieu pas comme les autres. Après avoir travaillé chez Maman, ce dynamique patron de 34 ans a voulu que le cœur de Bruxelles ait un cabaret ouvert à tous, qu’ils soient hétéros, trans, homos, jeunes, moins jeunes, célibataires, en couple. Tout le monde est le bienvenu (et entre gratuitement) pour se détendre, boire un verre – les prix des boissons sont ceux proposés dans un café –, papoter avec des amis et regarder quelques numéros. Les jeudis soirs, il y en a trois qui se succèdent toutes les heures et les vendredis et samedis soirs pas moins de six ou huit artistes se produisent régulièrement de 9 heures 30 du soir à 4 heures du matin. Et la formule est gagnante car le Cabaret Mademoiselle fait salle comble quasi tous les soirs. À découvrir ou redécouvrir pour faire la fête autrement, rêver, jouer !

Alex Wagemans

Le temps est l’ennemi du désir dans un couple. Comme le quotidien, la routine, la répétition du même. Votre Cabaret Mademoiselle peut enflammer l’imagination et porter les jeux de séduction. Venir voir vos shows peut – il aider à améliorer l’intimité des couples ?

Renaud Delauvaux : « Ce n’est pas son ambition première. Mais tant mieux si nos soirées aident à ressusciter le désir au sein d’un couple. Je constate en effet que lorsque nous organisons des ateliers d’effeuillage, nous avons des particuliers qui s’inscrivent non pour devenir des professionnels mais pour pimenter leur vie amoureuse. »

Il faut selon vous de l’imagination pour vivre une sexualité épanouie ?

« Il faut, me semble-t-il, du dialogue, de la communication et une bonne connaissance de son propre corps et de celui de l’autre. La sexualité est avant tout un partage de plaisirs, un moment privilégié avec l’autre. »

Les numéros que vous choisissez pour votre cabaret sont érotiques et non sexuels. Quelle est pour vous la différence entre les deux ?

« Au Cabaret Mademoiselle, je voulais créer un univers et tous les numéros que je choisis ont une narration, une poésie et une délicatesse. Ils jouent sur la séduction et la suggestion. C’est cela pour moi l’érotisme. Cela n’interdit pas la nudité totale mais elle appartient à une réflexion et une démarche artistique. Winnie Pelteez fait par exemple un show qui combine la pole dance, l’effeuillage burlesque et la vidéo et qui se termine en nu intégral. Mais sa nudité montre sa vulnérabilité ; elle se déshabille pour dénoncer le harcèlement sexuel sur internet. Dans une boîte de strip-tease, – je dis cela sans jugement aucun, ni mépris –, la nudité est hypersexualisée et censée provoquer une excitation immédiate. »

Au Cabaret Mademoiselle, les hommes peuvent être femmes tout en restant virils. Tout comme les femmes peuvent jouer avec les codes de la masculinité. Votre show a une dimension militante, insistant sur le genre et la dimension culturelle de ce qu’est la masculinité et la féminité.

« Ce militantisme n’a pas été mon moteur. J’ai ouvert ce lieu sur une envie, un délire d’avoir une scène de « performers » à Bruxelles. Mais il est évident que le Cabaret Mademoiselle fait bouger les mentalités sur la question du genre. Nous montrons que le sexe est une construction culturelle. Nous naissons avec un bagage biologique et puis nous en faisons ce que nous voulons. Dans un de nos shows, l’artiste Kiki Amen par exemple déconstruit la figure de la drag-queen car elle a un visage féminin, conserve un torse masculin, adopte une démarche ultra-féminine tout en gardant une chorégraphie saccadée et dynamique. »

Le sexe reste tabou dans la société. Un tel lieu participe-t-il au changement ?

« À nouveau ma démarche initiale n’est pas militante mais le cabaret participe sans doute à ce que la sexualité soit moins taboue. Mais pas tant le sexe que la nudité. Je suis révolté quand je vois que sur les réseaux sociaux, montrer un torse de femme nu est censuré.

Cabaret Mademoiselle, rue du Marché au Charbon, 53, 1000 Région de Bruxelles-Capitale. https ://www.cabaretmademoiselle.be/

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