Le sexe (triste) des machos

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Le sexe (triste) des machos

Pas facile d’être un homme en ces temps féministes. Certains, déboussolés se tournent vers les mouvements masculinistes pour affirmer leur suprématisme mâle. Sans doute seraient-ils plus heureux s’ils abandonnaient les prérogatives que des millénaires de patriarcat leur ont offertes. Peut-être seraient-ils plus épanouis s’ils se libéraient des obligations de virilité et de puissance. Si l’on croit les études psychologiques qui se penchent sur les hommes sexistes, être macho ne participe ni au bonheur amoureux, ni à l’épanouissement sexuel. Pas même à la santé mentale ; les dépressions seraient pléthores chez les sexistes mais c’est là un autre sujet que celui de leur sexualité.

Au début de l’année 2018, une équipe de chercheurs israéliens et américains (1) mettait en évidence combien les hommes machos étaient insatisfaits de leur vie sexuelle. Classant les femmes en deux catégories, les madones vertueuses qu’ils épousent et les catins dévergondées qu’ils baisent, ils se sentent frustrés car ils ont toutes les difficultés du monde à désirer les femmes qu’ils aiment et à aimer celles qui les excitent. Amertume et déception sont dès lors au rendez-vous, comme nous l’avions expliqué dans l’article « Les machos sont-ils heureux au lit ? » publié il y a quelques mois.

Plus de crises de jalousie

Mais Orly Bareket et ses collègues ne sont pas les seuls à affirmer les déconfitures amoureuses et sexuelles des hommes sexistes. D’autres psys se sont penchés sur le sujet oh combien d’actualité. Emily Cross et Nickola Overall de l’Université d’Auckland en Nouvelle-Zélande ont publié en 2018 des travaux qui confirmaient les difficultés intimes des hommes sexistes et précisaient que leurs attitudes avaient des conséquences pour eux et leurs partenaires. Leurs comportements engendraient des problèmes relationnels et intimes que les deux membres du couple jugeaient graves et contraires à leur satisfaction et envie de s’engager vis-à-vis de l’autre.

Emily Cross et Nickola Overall ont en effet interrogé 363 couples hétérosexuels engagés dans une relation stable depuis en moyenne 6,5 ans. Ils les ont questionnés sur ce qu’ils pensaient des rôles à assumer par chaque sexe, des relations qu’ils vivaient dans leur couple comme à l’extérieur, des problèmes qu’ils connaissaient et des comportements sexuels qu’ils adoptaient.

Les deux chercheurs ont constaté que plus les hommes étaient agressifs et hostiles vis-à-vis des femmes, plus l’intimité était problématique. Les couples composés d’un homme sexiste se déchiraient pour des problèmes de jalousie et de manque de confiance en l’autre. Ils s’affrontaient autour des questions de fidélité et d’infidélité. Hors du lit, les difficultés étaient aussi accrues : ils se disputaient pour les prises de décision et vivaient davantage de problèmes d’alcool et de drogues. Ces hommes se disaient moins heureux de leur vie amoureuse et sexuelle. Comme leurs femmes. Elles avaient tendance à signaler un plus grand nombre de problèmes et à les qualifier de plus graves. Elles se sentaient également moins satisfaites et moins engagées dans leur relation.

Des compagnes qui désinvestissent la relation

« Les attitudes sexistes ont une incidence sur notre vie de nombreuses manières, notamment sur la façon dont nous pensons, nous sentons et nous nous comportons dans nos relations intimes. Notre travail a montré que lorsque les hommes ont ces convictions, eux-mêmes et leurs partenaires vivent des problèmes plus graves dans un plus grand nombre de domaines, ce qui amène les deux membres du couple à évaluer leur relation de manière plus négative. Notre étude suggère que les croyances hostiles des hommes à l’égard des femmes se répandent dans les domaines intimes et influent sur les types de problèmes auxquels les couples sont confrontés », a déclaré Emily Cross au journal PsyPost. Le machisme ne fait ainsi ni le bonheur des hommes ni celui des femmes !

Des machos qui s’ignorent

Et de telles difficultés ne vont pas s’arranger quand on sait que beaucoup d’hommes n’ont pas conscience de leur sexisme. Dans une étude similaire (3) portant sur 1.096 hommes et femmes hétérosexuels, Emily Cross, Nikola Overall et leurs collègues des universités d’Auckland et de Floride avaient déjà constaté que les hommes qui avaient des attitudes et propos sexistes avaient tendance à sous-estimer le pouvoir qu’ils avaient dans leurs relations. Ils étaient persuadés que c’étaient leurs partenaires féminines qui décidaient tout dans leur couple. Avec pour conséquence une attitude agressive accrue à l’égard de leurs compagnes. Celles-ci réagissaient en disant leur insatisfaction et s’engageant de moins en moins dans la relation. Mais ces attitudes féminines renforçaient l’agressivité des hommes et les confortaient dans l’idée que le sexe dit faible n’était pas digne de confiance. Un cercle vicieux se met ainsi en place…

Comment briser le sexisme ?

« Les relations intimes sont un bon endroit pour commencer à réduire les attitudes sexistes. C’est à ce moment-là que nous sommes le plus vulnérables et que nous sommes motivés à aider et à nourrir nos partenaires », a déclaré Nickola Overall, PhD de l’Université d’Auckland -auteur de l’étude. « Si nous pouvons atténuer la peur que certains hommes ont de perdre le pouvoir, nous pouvons alors réduire les comportements agressifs et, en fin de compte, atténuer les luttes de pouvoir qui entretiennent l’inégalité des sexes. »

(1) « La dichotomie Madonna-Whore : les hommes qui se perçoivent comme mutuellement exclusifs envers la nurturance et la sexualité des femmes approuvent le patriarcat et font preuve d’une plus grande satisfaction relationnelle » : étude de Orly Bareket, Rotem Kahalon, Nurit Shnabel et Peter Glick, en 2018 dans la revue Sex Roles. (2) «Les femmes rencontrent des problèmes relationnels plus graves lorsque leurs partenaires masculins approuvent le sexisme hostile » : étude de Emily J. Cross et Nickola C. Overall, publiée en novembre 2018 dans European Journal of Social Psychology. (3) « Récit d’interdépendance entre sexisme et pouvoir : sexisme hostile des hommes, perceptions biaisées du pouvoir faible et agression relationnelle » : étude de Emily J. Cross, Nickola C. Overall, et Rachel Low, et James K. McNulty, publiée en novembre 2018 dans le Journal de la personnalité et de la psychologie sociale.

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