Les huttes d’amour des adolescentes Kreung

Les huttes d’amour des adolescentes Kreung

La virginité ! Elle fut jugée essentielle dans bien des cultures. Toute jeune fille se devait d’arriver vierge au mariage pour s’offrir à son époux. La virginité symbolisait sa pureté morale et son dévouement total à son époux. Son hymen intact garantissait aussi qu’elle n’arrivait pas en portant en son sein l’enfant d’un autre… Et comme l’expliqua l’anthropologue français Claude Levi Strauss, la virginité était essentielle dans les sociétés patriarcales où les femmes sont des monnaies d’échange entre les hommes de groupes différents…

Liberté sexuelle

La société occidentale ne défend plus de telles conceptions ; les luttes féministes et la révolution sexuelle les ont vaincues. Mais étonnamment à l’autre bout du globe, dans un coin reculé du Cambodge, celui des hauts plateaux de la province de Ratanah kiri, elles n’ont jamais existé. Dans la tribu des Kreung, l’attachement à la virginité n’a jamais existé. Bien au contraire, dès que la jeune fille est pubère, vers ses 13 ans, ses parents lui construisent à l’écart de la demeure familiale une sorte de cabane faite de bambous, feuilles et branches. Elle y dort tous les soirs seule, avec des amies ou un amant. La liberté sexuelle des femmes est une réalité chez les quelque 22.000 Kreung que compte le Cambodge. Sans être surveillée par ses parents, l’adolescente peut y recevoir des garçons et vivre les bonheurs du cœur et les plaisirs du corps. Elle découvre l’autre, se découvre et expérimente en toute indépendance, loin des diktats familiaux, ce qui lui convient pour sa vie affective et sexuelle.

Jeux de séduction pour prouver son attachement

Dans cette hutte d’amour, elle peut y loger plusieurs années, parfois au-delà de ses 20 ans, aimer autant de garçons qu’elle le désire et puis choisir celui qu’elle préfère. Elle en aimerait une dizaine et choisirait, dit-on, celui qui lui a apporté le plus de plaisirs… Mais le corps n’est pas tout – loin de là – puisque celui qui peut loger dans la hutte aura dû se montrer charmant et charmeur, il aura dû faire la cour sur les marches de la case, jouer de la flûte et du gong. Chanter, faire des petits cadeaux, bavarder sont aussi importants pour recevoir l’autorisation de rentrer dans la hutte où les jeunes gens parlent plus en privé.

Là dans l’intimité, peut-être s’aimeront-ils physiquement pour quelques nuits, quelques semaines ou quelques mois. Rien n’est sûr, chaque jeune fille Kreung décide, choisit si le jeune garçon lui plaît et lui a suffisamment montré son attachement. Sans doute les méthodes contraceptives peu fiables à base d’alcool de bois et de mille pattes participent-elles à cette prudence sexuelle. Mais il est clair que la hutte d’amour n’est pas lieu de toutes les folies sensuelles ; elle peut ainsi être aussi celle de l’amitié car tous les jeunes gens qui y pénètrent ne deviennent pas des amants. Mais si un enfant devait naître, il ne contraint pas la jeune fille à épouser celui qui en est le père. Il sera adopté sans drame par celui qu’elle aura choisi et qui aura fait preuve de son amour.

Quoi qu’il en soit, quand la jeune fille a fait son choix amoureux, elle présente l’élu de son cœur à sa famille. Le jeune couple vient alors s’installer dans la maison des parents (de la demoiselle !) avant d’avoir leur propre logement une fois qu’ils en ont les moyens matériels.

Apprendre l’indépendance et le respect de soi

Cette tradition étonnante offre ainsi une liberté inégalée aux femmes Kreung, leur apprenant l’indépendance, l’assurance et le choix de leur propre sexualité. Pas de pression sociale ou de modèle familial qui contraindraient à certains comportements sensuels ou sexuels. Tout comme pour certains observateurs, cette tradition est à mettre en lien avec la quasi-absence de viol et de divorce de cette société. Les huttes d’amour et les jeux de séduction entre les jeunes gens établissent aussi selon les anthropologues, des liens forts entre les jeunes Kreung et consolident le sens de la communauté.

Une coutume qui disparaît

Pourtant cette coutume est fragilisée. Les hauts plateaux du nord-est du Cambodge, situés à 636 km de Phnom Penh voient les traditions maritales de la tribu Kreung disparaître. La région connaît une importante immigration des Khmères des plaines. Ceux-ci apportent avec eux les facilités de la technologie et de la modernité mais aussi des conceptions maritales très différentes. Pour la culture Khmère, les femmes doivent être vierges et n’ont pas toutes les libertés de choisir qui elles épousent.

Une évolution qui transforme les huttes d’amour en attractions touristiques…

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