Le complexe de la vulve

Le complexe de la vulve

Combien de femmes connaissent leur intimité ? Combien de femmes ont déjà regardé leur sexe ? Non pas vu mais réellement regardé ? Peu sans doute… Pas moins de 84 % des filles de 13 ans sont incapables de représenter leur sexe alors que 53 % d’entre elles dessinent sans problème aucun un sexe masculin. Il est vrai que le sexe féminin est caché aux regards, enfoui au creux des cuisses. Mais avec un petit miroir bien placé, il se laisse regarder. Et observer. Et admirer ou détester…

Souvent méprisé

Le sexe féminin a suscité des réactions enthousiastes mais aussi dégoûtées. De nombreux mythes anciens qu’ils soient grecques, égyptiens ou japonais racontent que le monde fut sauvé du désastre grâce à une déesse écartant les jambes et dévoilant sa vulve. Mais le sexe féminin fut aussi dénigré pour ses odeurs et sa laideur. Il fut comparé à une grotte dangereuse, tellement dangereuse qu’elle vient à bout de la virilité masculine triomphante qui y rentre puissant et en sort flasque. Il fut aussi décrit comme mutilé par Aristote au IV e ACN dont la référence première était le sexe masculin. Il fut associé à un museau de tanche par le médecin Avicenne au XI e siècle, ce poisson des fonds vaseux à la bouche saillante. À un hérisson fripé par les chroniqueurs de la reine Margot. À une moule, un escargot, un trou, un gouffre, une crevasse, une fente, une motte… Des qualificatifs qui reflètent le mépris du féminin d’une civilisation patriarcale. Et parmi les trois insultes les communes, n’y a-t-il pas le mot « con » à côté des « putain » et « merde » ?

Soumis à des normes esthétiques

Aujourd’hui encore, malgré la révolution sexuelle et les luttes pour l’égalité entre les hommes et les femmes qu’a vécues la société occidentale, le sexe féminin subit toujours mille et une pressions et doit répondre à de nouvelles normes esthétiques. Il y a ce que la gynécologue parisienne Sophie Berville-Lévy appelle le « golden standard » qui impose un sexe féminin épilé, clair et évoquant celui d’une fillette. Pour atteindre cet idéal, des femmes de plus en plus nombreuses recourent à des gestes esthétiques intimes. Elles s’imposent des nymphoplasties qui raccourcissent les petites lèvres au laser pour qu’elles ne dépassent pas les grandes, des épilations intégrales et des blanchissements de la peau du sexe. Usent et abusent de savons et parfums intimes.

Face à ces nouvelles pressions, des réactions émergent. On citera celle de l’artiste Jamie McCartney qui a créé en 2010 « The Great Wall of Vagina » un grand mur de panneaux qui exposent 400 sexes de femmes d’âges et d’origines divers pour dit-il « éduquer le public ». En 2016, l’illustratrice hollandaise Hilde Atalanta a ouvert « The Vulva gallery » qui expose plus d’un millier de vulves pour montrer combien toutes étaient différentes. Elle en a fait un compte Instagram à succès, imité par bien d’autres.

Essentiel à l’épanouissement sexuel

Mais la vulve reste taboue et méconnue alors que connaître son sexe et l’apprécier participent à l’épanouissement sexuel. Une nouvelle étude publiée en avril de cette année dans le Journal of Sex and Marital Therapy le confirme. Dans « Genital Self-Image : Associations with Other Domains of Body Image and Sexual Response », les auteurs Tina Komarnicky, Shayna Skakoon-Sparling, Robin R. Milhausen & Rebecca Breuer de l’Université de Guelph au Canada ont interrogé plus de 6 000 hommes et femmes de 18 à 40 ans sur leur image corporelle générale, l’image qu’ils avaient de leur sexe et de leur vie sexuelle. Ils ont observé que les personnes qui se sentent confiantes vis-à-vis de leurs organes génitaux ont tendance à avoir une image corporelle plus positive et à réduire le stress lié à la « performance » pendant les rapports sexuels. Et pour se centrer sur les femmes, ils ont conclu que celles qui ont une image positive de leur sexe apprécient davantage les relations sexuelles, ont un meilleur fonctionnement sexuel, soit une excitation sexuelle plus facile, une plus grande lubrification vaginale, la possibilité d’atteindre l’orgasme plus facilement et même moins sexuellement.

À vos miroirs donc !

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