Sexe et religion en mode humour

Sexe et religion en mode humour

Sur la scène de « Sisters », en tailleur-pantalon rouge et tee-shirt noir, Nathalie Uffner lance à ses comparses : « C’est vrai que le judaïsme religieux a définitivement un problème avec les règles ». « Pas que le judaïsme. C’est pas beaucoup mieux chez nous », lui rétorque June Owens qui incarne une jeune musulmane. « Et pas qu’avec les règles. Avec les femmes en général », surenchérit Odile Matthieu, la catho de service qui n’en porte pas moins une djellaba orange reçue d’un migrant. « Et avec le sexe », rajoute June.

C’est de religion, de femme et de sexe dont nous parle la pièce « Sisters ». Ou plutôt comme le dit June « De sexe vu par les religions vu par les femmes ». Pendant une heure, sur la petite scène du Théâtre de la Toison d’or, une juive, une musulmane et une catho vont raconter avec humour et légèreté – on est au TTO ! – leurs ressentis par rapport à ces sujets si sensibles. On sourit, on rit et on passe un bon moment ; on n’est pas ici pour débattre en profondeur de la question et s’étriper. Mais l’humour n’empêche pas la réflexion. Après que chaque comédienne ait évoqué sa culture religieuse dans un monologue façon stand up, elles se retrouvent ensemble sur scène pour se lancer dans des discussions à bâtons rompus sur la façon dont le judaïsme, le christianisme et l’islam considèrent les femmes et envisagent la sexualité et le moins qu’on puisse dire, c’est que cela balance pas mal.

Albert Maizel, vous avez coécrit la pièce avec Myriam Leroy et Mehdi Bayad. Pourquoi un tel sujet ?

« Le religieux fait un grand retour qui m’inquiète. Il me semblait dès lors important de pouvoir en parler même si le sujet est vraiment casse-gueule. Et qu’est-ce que les trois religions monothéistes ont en commun si ce n’est la contrainte qu’elles imposent aux femmes. Celle-ci est d’autant plus forte que la religion influe sur le politique. Plus le religieux est présent dans le politique, plus le patriarcat est puissant et plus la pression exercée sur les femmes est importante. Mais pour revenir à la montée du religieux, je m’inquiète d’une possible alliance objective avec un certain féminisme qui favoriserait un retour masqué du puritanisme ! Si les hommes sont des « cochons » comme l’ont souligné certains mouvements féministes après l’affaire Weinstein, le pas peut être vite franchi de vouloir protéger les femmes en les couvrant, en les voilant… Le féminisme doit se libérer complètement du religieux et du patriarcat qui voudrait mettre les femmes à l’abri des «  mauvais » hommes ! »

Sisters est militant ?

« Le titre anglais « Sisters » lui donne d’emblée une dimension militante. Et son contenu l’est également car il dénonce cette alliance de la religion et du patriarcat qui se fait sur le dos des femmes mais nous faisons avancer la cause par l’humour. Les trois femmes disent ce qu’elles ont à dire sur e sujet, tout en se vannant et se charriant. »

Tout comme Myriam Leroy a signé la partie consacrée au catholicisme et Mehdi Bayad celle dévolue à l’islam, vous avez écrit le texte centré sur le judaïsme. Quelle est la vision de la sexualité de cette religion ?

« Dans le judaïsme, il n’y a pas un magister central qui impose une vision de la sexualité à tous ses croyants. Chaque rabbin exprime sa vision et j’apprécie celle du rabbin Delphine Horvilleur qui dirige aussi la revue Tenou’a. Elle ne fait pas l’unanimité mais défend un courant de pensée ouvert. Dans celui-ci, la sexualité doit, certes, avoir une ambition procréative et se vivre exclusivement dans le cadre du mariage mais elle peut – et même doit – aussi être récréative. Le plaisir de la femme y est intégré et encouragé à travers un éventail de pratiques à découvrir… en venant voir Sisters. Notons cependant la persistance d’interdits sur la pornographie, la contraception et l’homosexualité. »

Le catholicisme est plus critiqué dans la pièce que le judaïsme et l’islam.

« C’est exact mais on ne peut pas aborder ces trois religions de la même façon. Par rapport au judaïsme, il ne faut pas oublier qu’on a assisté à la quasi-extermination des juifs d’Europe il n’y a pas très longtemps. Vivent toujours des hommes et des femmes qui ont subi les horreurs du génocide. Il y a une retenue à avoir. Et par rapport à l’islam, comment oublier la présence forte de la communauté immigrée qui est stigmatisée et mise sur la sellette par certains depuis les attentats de 2015. C’est pourquoi June est dans le spectacle l’intello qui théorise et dit qu’il faut voir en elle non pas une musulmane mais une femme. Notre société démocratique tient le coup mais il faut être vigilant. »

Propos recueillis par Joëlle Smets.

Sisters

Jusqu’au 2 mars

Théâtre de la Toison d’or

396 Galeries de la Toison d’or

1050 Bruxelles

Tél 02/510.0.510.

www.ttotheatre.be

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