Sexe sous influence

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L’une confie qu’elle ne peut caresser l’homme qu’elle aime car jamais elle n’a été touchée par sa mère. L’autre explique qu’il veut que ses partenaires portent toujours de la lingerie sexy, des jarretelles et des bas ; une obsession à mettre en lien avec sa première expérience sensuelle avec une femme qui portait des collants. Le dernier affirme qu’il ne comprend pas les refus de rapports sexuels de sa compagne car il veut disposer de son corps dès qu’il en a envie. Adulé pendant l’enfance, rien ne lui a été jamais refusé.

Notre sexualité, comme notre relation amoureuse, est marquée par le vécu de notre enfance. Un manque d’amour peut ainsi induire des comportements amoureux et sexuels problématiques. Des carences peuvent engendrer dans l’intimité des troubles, légers comme plus graves, l’incapacité de poser certains gestes comme une érection fragile, une difficulté à jouir ou des douleurs pendant les rapports. De même un amour excessif de parents adulant leur enfant peut conduire à une indifférence totale à l’autre qui est traité comme un objet. Durant l’enfance, notre personnalité se construit au gré de nos expériences émotionnelles qui peuvent laisser des blessures importantes et rendre très difficile une relation amoureuse harmonieuse. Mais comme l’explique Didier Pleux dans un ouvrage éminemment positif « On aime comme on a été aimé ? », on peut dépasser ces conditionnements de l’enfance ! Le psychologue français s’élève contre ce déterminisme et nous offre de multiples témoignages d’hommes et de femmes qui disent leurs blessures. Il nous montre ainsi comment concrètement on peut surmonter des empreintes affectives. En fin d’ouvrage, il donne encore de nombreux conseils pour vivre une relation amoureuse sereine.

Nous sommes marqués par l’enfance mais non conditionnés par le vécu de notre enfance, c’est le propos de votre ouvrage !

On entend souvent dire que toute notre vie, nous rejouons le scénario appris pendant l’enfance et que les traumatismes nous conditionnent. Je pense le contraire. Je crois que nous pouvons changer l’interprétation que nous donne notre cerveau émotionnel. Et ce changement peut être fait à n’importe quel âge. Nous sommes capables de changer et de vivre une relation amoureuse harmonieuse même si nous avons été mal aimés. J’ai coutume de dire que l’humain, quand il a été souffert d’un trauma, n’est pas responsable de ce qu’il a vécu mais de la synthèse qu’il en fait. La vie nous expose à un enjeu : soit rester victime, soit décider de devenir maître de sa destinée.

On peut s’en sortir par la prise de conscience et la réflexion, dites-vous.

C’est mon credo. La psychanalyse affirme que nous sommes déterminés par le vécu de notre enfance. Je reconnais que ce que nous avons vécu laissent des empreintes mais nous sommes capables de comprendre ces conditionnements, de les objectiver pour les dépasser et devenir maîtres de notre vie. Le raisonnement et la réflexion sont de grandes forces qui peuvent faire contrepoids à l’émotionnel et modifier la perception des souffrances. Hier encore j’écoutais un homme de 40 ans me dire qu’il ne supportait pas que sa femme lui parle comme sa mère. Il a raison sans doute de ne pas accepter que sa compagne s’emporte contre lui mais sans doute peut-il comprendre à son âge qu’elle est peut-être tout simplement fatiguée ou stressée. On peut dépasser les scénarios qu’on a construits depuis l’enfance pour motiver ou non nos actions et nos comportements. Un autre exemple : un homme m’explique qu’il ne peut caresser sa femme car il n’a jamais été touché enfant et qu’il est devenu froid comme sa mère. Je travaille avec lui pour remettre en question cette « croyance » et j’explique que s’il s’oppose à elle, il peut initier des caresses et redécouvrir de nouvelles sensations. Mais il n’y a pas que les carences affectives qui peuvent laisser des blessures, avoir reçu trop d’affection, avoir été surprotégé et jamais frustré, avoir été un enfant roi peut faire d’un enfant un adulte à l’ego hypertrophié qui attend tout des autres et ne donne jamais rien. Dans la vie sexuelle, il a tendance à traiter son partenaire comme un objet sexuel.

Peut-on faire ce travail seul ?

La vie souvent se charge de moduler le vécu de l’enfance. Des expériences comme des rencontres positives peuvent aider à dépasser les empreintes affectives. Je vois que beaucoup de gens sont résilients et parviennent seuls à ne pas rester prisonniers de leurs vécus. Mais s’ils ne sortent pas seuls, ils peuvent aller voir un thérapeute.

 

On aime comme on a été aimé est paru aux éditions la musardine, 160 p., 16 euros.

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