L’Église face au sexe

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Célibat des prêtres, sexualité à finalité reproductive, condamnation de la masturbation, refus de la contraception, abstinence recommandée aux homosexuels : la sexualité est un sujet tabou dans l’Église. Mais les choses ne commencent-elles pas à bouger ?

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Cécile Vanderpelen-Diagre, professeure d’histoire du christianisme contemporaine et directrice du Centre interdisciplinaire d’étude des religions et de la laïcité (CIERL) – ULB.

Je ne dirais pas que ce sont des sujets tabous dans l’Église. Au contraire. Depuis les débuts du christianisme, les théologiens et hommes d’Église se sont beaucoup préoccupés de ces questions. Elles sont liées à l’organisation de la cellule familiale et au contrôle du corps des femmes, deux thèmes aux enjeux sociaux et politiques importants. Je dirais plutôt que la position de l’Église est de plus en plus difficile parce que tiraillée entre une aile conservatrice et une aile d’ouverture.

L’évêque belge, Mgr Kockerols, est venu au synode en proposant le mariage des prêtres ! Cela peut-il contribuer à faire bouger les choses ?

Plus exactement, lors de sa présentation devant le Synode des jeunes, mercredi 10 octobre, Mgr Jean Kockerols a plaidé au nom des évêques de Belgique pour l’ordination d’hommes mariés. C’est très différent et beaucoup moins explosif ! Le célibat des prêtres est une règle de discipline et non un point de foi et ce n’est pas un dogme. Les églises catholiques orientales ordonnent des hommes mariés, et au sein de l’Église latine, des exceptions sont possibles, par exemple dans le cas d’ecclésiastiques protestants ou anglicans convertis au catholicisme. Si la voie proposée par Mgr Kockerols est suivie, cela ne changera pas grand-chose pour des questions beaucoup plus problématiques.

Connaît-on la position du pape François sur le sujet ? Puisque c’est lui qui au final décide même s’il a déclaré que le synode devait devenir un pouvoir décisionnel.

À ma connaissance, Mgr Bergoglio ne s’est pas prononcé explicitement sur la question, mais a déclaré qu’il était prêt à en discuter.

Le 17 septembre dernier à Grenoble, le pape a parlé de la « grandeur de la sexualité », disant que la sexualité avait deux finalités : « s’aimer et générer la vie ». Et dans son ouvrage « La joie de l’amour », il écrivait également que « l’érotisme est une manifestation spécialement humaine de la sexualité ». N’est-ce pas un changement par rapport au passé ? La sexualité deviendrait-elle un plaisir alors qu’elle était acceptée au sein du couple uniquement si elle avait une finalité reproductive ?

Le discours sur la légitimité de l’union charnelle date des années 1950-1960. Il s’accompagne d’un rappel des normes auxquelles doivent être soumises les relations sexuelles. Pour qu’un rapport sexuel soit moralement légitime et conforme à sa signification divine, il est impératif que les partenaires soient un homme et une femme unis par les liens du mariage. Il doit être le résultat d’une relation « personnelle » caractérisée par le « don de soi ». La recherche du plaisir seul est illicite. On est donc dans un autocontrôle du corps.

En août dernier, le pape avait recommandé aux parents d’enfants présentant des tendances homosexuelles de consulter un psychiatre. Mais lors du « présynode », les jeunes ont demandé aux évêques d’aborder les thèmes « de l’homosexualité et du genre ». Cela bouge-t-il sur cette question ? Et pourquoi est — ce si problématique ?

De nombreux catholiques aspirent à un discours d’ouverture sur l’homosexualité de la part de l’Église. Il est toutefois peu probable que la hiérarchie se prononce en faveur de la légitimité des relations homosexuelles ou d’une remise en question des rôles traditionnels dans les rapports de genre. Ce serait remettre en question le dogme et la majorité de la curie y est profondément opposée.

Vis-à-vis des femmes, Vatican news indique que les évêques ont fait « un appel à augmenter la présence féminine dans l’Église et à favoriser une pastorale sensible à la “parité hommes-femmes”. Les femmes, a-t-on fait remarquer, peuvent en effet contribuer à briser ces “cercles cléricaux fermés” pouvant avoir favorisé la dissimulation des abus ». Comment comprendre ces propos ? Les femmes pourraient-elles devenir prêtres ?

Le Saint-Siège développe en effet toute une rhétorique en faveur de la complémentarité des sexes afin de suivre les avancées sociales et politiques du temps qui imposent une plus grande représentation des femmes dans la sphère publique. Les femmes sont déjà très actives dans l’Église et beaucoup de catholiques estiment que leurs activités méritent une plus grande reconnaissance. Ils souhaitent en outre que les femmes participent aux prises de décisions dans les organes décisionnels de l’Église. Pour cette dernière, il ne s’agit toutefois pas de parler d’une égalité entre les hommes et les femmes. L’égalité supposerait en effet que les femmes peuvent accéder au sacerdoce et c’est un point du dogme absolument indiscutable pour les autorités vaticanes.

Comment analysez-vous les scandales pédophiles qui déciment les églises ? Sont-elles selon vous à mettre en lien avec le refus de la sexualité ? Avec le célibat ? Avec le peu de femmes dans l’institution de l’église ?

Toutes ces hypothèses sont en effet souvent proposées. Il faut ajouter deux arguments régulièrement avancés : 1° un rapport à l’autorité dysfonctionnel (et donc propice à générer des abus) dans la fonction sacerdotale et, 2,°le choix de la vocation sacerdotale de la part de certains prêtres en raison justement de leur penchant pédophile. Ce dernier argument consiste à dire que les pédophiles privilégient les métiers où ils sont en contact avec les plus jeunes, la prêtrise en étant un. Cela étant, à ce jour, aucune étude n’a pu donner une réponse définitive à la question. Il faut ajouter, en outre, que les scandales pédophiles sont loin de ne concerner que la seule Église catholique. Des scandales touchent également non seulement des ministres de cultes mariés et qui ont des enfants, mais également des notables issus du monde profane.

Propos recueillis par Joëlle Smets.

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