Faut-il cacher une infidélité ?

Il y a celles qui mentent partiellement, il y a ceux qui dissimulent complètement. Il y a celles qui disent tout d’emblée et ceux qui n’avouent jamais, même quand il y a des preuves évidentes. En matière d’adultère, tous les comportements existent, « des simples omissions aux cas de manipulation », comme l’explique la thérapeute de couple Esther Perel dans son ouvrage « Je t’aime, je te trompe ».

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Faut-il dire ou cacher ?

Il n’y a pas de réponse absolue à une telle question. L’idée qui domine aujourd’hui est qu’il faut tout avouer pour restaurer la confiance et retrouver l’intimité. Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’un tel principe moral. Il faut avant tout évaluer les conséquences liées à une telle révélation. Faut-il qu’une personne qui a fait un écart de conduite perde ses enfants, soit rejetée par sa famille, déshonorée ? Il faut vraiment voir au cas par cas.

Vous ne souscrivez pas au culte de la sacro-sainte vérité ?

Confier son infidélité à son partenaire peut être la bonne décision. Parfois la vérité est indispensable, parfois laisser l’autre dans le doute rend fou. Mais parfois aussi la vérité est destructrice et même cruelle. Avant de parler, il faut se demander si c’est utile, charitable et honnête. On peut dire son infidélité non parce qu’on respecte l’autre mais parce qu’on veut soulager sa conscience. Je pense à cet homme qui au seuil de la mort, veut confesser à sa femme qu’il l’a trompée pendant toute sa vie. S’il parle, il va mourir soulagé mais son épouse va devoir vivre avec ses confidences. Elle va être torturée pour le restant de ses jours. Il y a des situations comme le cancer, la dépression, la maladie qui sans doute incitent plus facilement à garder le secret. Il est trop simple de voir l’infidélité comme un acte frivole, égoïste et vulgaire ou comme un manque de respect pour l’autre. L’infidélité peut être un compromis dans une vie imparfaite.

Quand l’infidélité est sue, souvent le partenaire trompé veut savoir et même tout: avec qui cela s’est passé? À quoi l’amant ou la maîtresse ressemble ? Comment c’était ? Où cela s’est passé ? Combien de fois ? Quelle intensité de plaisir ? Mais que faut-il dire ? Faut-il tout avouer dans les détails ?

Connaître tous les détails rajoute souvent au traumatisme, suscite des comparaisons et ne fait que blesser davantage. Ce n’est pas très utile et rend souvent la réconciliation plus difficile. Par contre, il est important de questionner l’autre pour comprendre la vérité qui se cache au-delà des faits. On peut ainsi poser des questions pour comprendre ce qui s’est passé et demander à l’autre ce que cette histoire a signifié pour lui ou pour elle. On peut lui demander de comprendre ce qu’il a vécu avec cette personne qu’il n’a pas vécu dans son couple. Est-ce arrivé par hasard ou la personne cherchait-elle quelqu’un ? L’infidélité était-elle un moyen de rompre ? etc., etc. Les questions doivent aider à donner un sens à l’infidélité. Elles doivent aider à voir quels sont les aspirations, les peurs, les désirs, les espoirs qui se cachent sous un comportement. Il faut en trouver le sens.

Quand l’infidélité est connue, vous conseillez à la personne qui a été infidèle d’écrire une lettre.

C’est exact. Et une lettre d’amour ! Mes années d’expériences de thérapeute m’ont fait comprendre qu’une lettre d’amour aide davantage le couple à se reconstruire que la liste de tous les comportements infidèles, comme il est souvent demandé. Dans cette lettre d’amour qu’il faut écrire à la main, – c’est plus personnel – et remettre à l’autre, il faut tout d’abord assumer ce qu’on a fait et la douleur qu’on a occasionnée. Ensuite il faut expliquer les vraies motivations et enfin dire tout son amour pour l’autre et son désir de se battre pour sauver la relation. Mais il faut se rendre compte que l’infidélité est très complexe. On peut avoir une relation extraconjugale pour de multiples raisons, pour compenser le désir sexuel qui s’est atténué, pour retrouver la jeunesse, avoir un moment rien qu’à soi, s’offrir une autre vie, se retrouver soi-même, avoir plus confiance en soi…

Propos recueillis par Joëlle Smets.

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Je t’aime, je te trompe est paru aux éditions Robert Laffont, 415 p., 21 euros

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