Entre loveshop et patients: la double vie de Lady Paname

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Ingrid Otto

Le matin, elle se rend chez ses patients, ceux qui ne veulent qu’elle pour leur prodiguer des soins. Mais l’après-midi, elle ouvre les portes de sa jolie boutique aux allures de boudoir. Là, entre tableaux et sculptures érotiques, Chantal Desmet devient Lady Paname. En large robe noire et bottines sombres, le sourire aux lèvres et les oreilles ornées de mille piercings, l’élégante lady vend tout ce qui participe aux plaisirs sensuels, des vibros, plumes, boules de geisha, parfums, dessous et autres joujoux… Et jusqu’au soir, Chantal ne cesse d’écouter, conseiller, suggérer et vendre car les clients défilent. C’est qu’en quatorze ans, la boutique installée dans le cœur de la capitale, s’est forgé une belle réputation de boutique de charme, alliant élégance et volupté.

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Avoir deux vies, celles d’infirmière et de Lady Paname, c’est plutôt atypique…

Sans doute est-ce peu courant, mais j’aimerais avoir d’autres vies. Mes années d’existence diminuent et il y a tellement de choses que je voudrais encore faire. J’aime beaucoup les vêtements, comme les tissus, et j’aimerais en créer. Mais ma plus grande passion, c’est de chiner. Tout ce qui est ici, dans ma boutique, les meubles, tableaux, vieux fauteuils, petites tables… je les ai trouvés aux marchés aux puces. Il y a pas mal d’œuvres d’art que j’ai achetées au Musée de l’Érotisme de Paris quand il a fermé ses portes. Ma boutique a ainsi des allures de petit musée. Mais vous savez, j’ai exercé un autre métier avant celui d’infirmière: j’ai été boulangère! À 17 ans je suis partie avec mon mari et mon bébé vivre en France, dans un village près de Perpignan. Mon diplôme de puéricultrice n’y étant pas reconnu, j’ai décidé de faire du pain et de le vendre quand la boulangerie du village a fermé. J’ai arrêté quand nous sommes rentrés en Belgique. Je me suis alors réinscrite à l’école d’infirmière tout en travaillant la nuit et en m’occupant de mes quatre enfants. Douze ans plus tard, j’ouvrais cette boutique, l’aboutissement d’un rêve!

Comment vous est venue l’idée d’ouvrir un sex-shop?

Lady Paname n’est pas vraiment un sex-shop. Bien sûr, je vends des produits liés au sexe, mais pas seulement. Vous trouvez ici de la littérature érotique, de la lingerie coquine, des accessoires en cuir, des cosmétiques érotiques, un parfum que je fais fabriquer à Grasse, des bougies, des huiles de massage, des jouets, des accessoires, des gélules aphrodisiaques, des lubrifiants… Lady Paname est plutôt un love shop ou, pour employer un mot français, une boutique de charme. L’idée m’est venue lors d’un voyage aux États-Unis il y a plus de 30 ans, où j’ai vu des boutiques érotiques plus accessibles aux femmes. Et puis, mon expérience d’infirmière m’a conforté dans cette idée. J’ai soigné de nombreuses personnes qui connaissaient des problèmes sexuels, des femmes très malades dont les maris étaient partis mais qui avaient encore du désir, des hommes âgés qui avaient des problèmes d’érection mais désiraient offrir du plaisir à leur femme, des accidentés dont la vie intime semblait terminée. Quand nous parlions ensemble, ils évoquaient les sex-toys mais, à l’époque, les seuls endroits à Bruxelles où les acheter étaient des sex-shops plutôt sinistres. Et puis j’en ai eu assez de mes treize heures de travail passées chaque jour à affronter la maladie. Tout cela devenait très dur et j’ai eu envie de faire des choses plus gaies et de réaliser mon rêve. Et puis je vous dirais aussi que j’ai eu envie d’ouvrir une telle boutique car j’aime ça, le sexe, l’ambiance de ma boutique, le fait d’accueillir, de conseiller, d’accompagner, d’envelopper. L’accueil est très important. Mais attention, mon rôle n’est pas thérapeutique. On m’a proposé d’ouvrir une franchise à Paris mais j’ai refusé car je ne pourrais pas être dans ce second magasin. Il y a beaucoup de sex-shop qui ferment leurs portes car ils n’ont pas d’âme et ne savent pas bien recevoir leurs clients.

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Les débuts furent-ils difficiles?

Au départ le comité du quartier s’est opposé à moi après que la presse eut titré que Lady Pananme était le premier sex-shop pour femmes. On n’était pas content de ma présence: un tel magasin était tabou à l’époque! Et puis, aujourd’hui, on est ravi car la boutique a fait revivre le quartier.

Vous avez un look très personnel qui ne correspond pas à celui auquel on s’attend généralement d’une personne travaillant dans un sex-shop.

C’est vrai. Mais je crois que mon style rassure les personnes qui poussent la porte de ma boutique. Je me souviens d’ailleurs d’une journaliste qui m’a dit que je n’étais pas sexy! J’étais tellement surprise par sa remarque que je lui ai demandé de donner des qualificatifs pour ma boutique. Elle m’a dit qu’elle était sensuelle et chaleureuse. Je lui ai alors dit: eh bien, c’est moi!

Quels sont vos clients?

J’ai des hommes et des femmes qui viennent seuls ou en groupe, des couples qui ont envie de combattre la banalité qui s’installe dans leurs relations… Généralement, les femmes commencent par venir avec des copines pour voir ce qu’il y a dans la boutique, puis elles repassent en solo pour acheter. Souvent les hommes viennent seuls pour acquérir un sex-toy pour leur partenaire. Ils acceptent qu’elle ait un vibro mais ce sont eux qui doivent venir l’acheter. Ils me demandent aussi des gélules aphrodisiaques car ils veulent avoir de meilleures érections sans avoir de maux de tête. Aujourd’hui, même les jeunes me demandent de tels produits. On demande tellement aux hommes qu’ils sont nombreux à ne pas se sentir à la hauteur des attentes. Notre époque a une vision de la sexualité trop centrée sur la performance.

Le sexe est-il important?

Bien sûr! Sans le sexe, il n’y a pas de vie! La sexualité est belle et épanouissante. Elle ne peut être forcée, mais doit rester libre. Chacun évolue dans celle qui lui plaît du moment qu’il ne nuit pas à autrui. Aujourd’hui, je crains que la sexualité ne soit davantage taboue. Les dénonciations du harcèlement que les femmes subissent sont essentielles et indispensables. Il aurait même fallu que leurs paroles se libèrent plus tôt, mais je crains cependant que ces campagnes de dénonciation n’engendrent une peur de l’homme.

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