«Les femmes ont des érections nocturnes, comme les hommes»

Tout, vous saurez tout sur le zizi, chantait Pierre Perret en 1975. Plus de 40 ans plus tard, c’est le clito qui semble partout chanté et loué. Porté par le mouvement féministe, cet organe féminin essentiel au plaisir est représenté (enfin) dans un manuel scolaire, célébré par des artistes, raconté dans des dessins animés, étudié par les scientifiques, fêté dans une page Facebook, exalté dans un collectif, le « Clito team » et explicité dans des articles de presse et des ouvrages. Parmi les différentes publications qui le consacrent, sort aujourd’hui « Entre mes lèvres mon clitoris ». Ses auteurs, la sexologue belge Alexandra Hubin, et la journaliste Caroline Michel nous y disent tout sur sa physiologie, sa découverte, ses liens avec le point G qui pourrait être rebaptisé zone C, ses promesses, ses similitudes avec le pénis ; etc. Et surtout les deux auteures intègrent cet organe de plaisir dans une approche globale visant l’épanouissement sexuel personnel car chaque femme accède différemment aux plaisirs.

 

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On parle beaucoup du clito. Pourtant il reste méconnu. Vous le constatez dans votre cabinet de sexologue ? Le clitoris reste un organe mystérieux et mal connu. Dans mon cabinet, j’ai un clitoris en 3 D et la plupart de mes patientes sont incapables de dire ce que c’est. Elles ignorent souvent qu’il ne se limite à son gland qui est situé au-dessus de la vulve mais qu’il se développe à l’intérieur du corps, entourant le vagin dans sa partie interne et mesurant entre 9 et 11 centimètres. Dans sa globalité, le clitoris ressemble à un poulpe plutôt qu’à un bouton. Mais il n’y a pas que mes patientes qui méconnaissent cet organe. Une étude française a montré il y a quelques années que pas moins de 84 % des filles de 13 ans ne savaient pas représenter leur sexe et que 25 % des filles de 15 ans ignoraient qu’elles en avaient un !

Parmi les 1001 informations que vous donnez sur le clitoris, vous expliquez qu’il entre en érection.

Quand la femme est excitée, toutes les parties de son clitoris se gonflent et se gorgent de sang. Cette érection du clitoris se passe lors d’une relation sexuelle ou lors d’un moment de masturbation. Mais pas seulement. Pendant le sommeil ; le clitoris peut entrer en érection tout comme le vagin peut se lubrifier. C’est une réaction naturelle du corps, une sorte d’entretien des organes sexuels et non une réponse à un rêve érotique. Les femmes ont des érections nocturnes comme les hommes.

Vous parlez même de priapisme féminin, problème que l’on lie plutôt au sexe masculin.

C’est un phénomène très très rare chez les femmes. Une publication scientifique américaine a fait état d’une dame qui s’est présentée aux urgences avec des douleurs dans la zone clitoridienne. Les souffrances étaient si importantes qu’elles l’empêchaient de marcher et même de s’asseoir. Son clitoris était gonflé, dure et mauve. Les chercheurs ont fait un lien avec le priapisme. Ce phénomène exceptionnel serait dû à la prise d’un anti-dépresseur ou d’un psychotrope.

Le clitoris est-il le bouton magique du plaisir ?

Non ! Je préfère d’abord évoquer la forme du poulpe plutôt que du bouton. Ensuite, il n’est pas magique car il a ses exigences. Il doit être stimulé pour mener au plaisir, par des caresses au niveau extérieur et/ou par des pressions au niveau intérieur. Il doit être connecté avec tout notre être pour nous mener au plaisir. Cette connexion exige un lâcher prise, l’écoute de ses sensations, la mobilisation des fantasmes. Le plaisir n’est pas mécanique ou quand il l’est, il ne mène peut-être pas au plaisir en lettres majuscules.

Ce lâcher prise n’a rien à voir avec la détente totale et la passivité. Il ne s’agit pas de faire l’étoile de mer.

Absolument le lâcher prise dont nous parlons consiste à écarter tout ce qui peut nous empêcher d’être dans le moment présent ; Il faut oublier les pensées parasites, les obligations du quotidien, les tâches ménagères, le stress, le boulot. Il s’agit d’être en pleine conscience et de rester concentrée sur les sensations et la relation. Ce lâcher prise est aussi dynamique car la femme doit être active dans une relation, son corps doit être dans une tension musculaire et être mobile dans ses mouvements de bascule du bassin.

Ce petit livre intègre le clitoris dans une approche globale et personnelle de la sexualité. Vous insistez sur le fait que chaque femme doit trouver ses propres plaisirs.

Nous voulions démystifier le clitoris mais éviter d’écrire un guide pratique. Nous ne donnons pas des recettes pour arriver à jouir. Les ressentis des femmes sont tellement différents

Cette approche très respectueuse des plaisirs de chaque femme vous éloigne de la course actuelle à l’orgasme. Toute femme bien dans son corps se doit de jouir et de vivre l’orgasme Il y a aujourd’hui une injonction à la jouissance, un diktat de l’orgasme.

Il y a en effet une pression trop forte et cette obligation à jouir risque de nous faire passer à côté de l’orgasme. Il vaut mieux aborder la relation sexuelle comme un moment d’intimité et de partage et considérer l’orgasme comme la cerise sur le gâteau. Maintenant il n’en reste pas moins que vivre l’orgasme provoque un chamboulement hormonal qui favorise la mémoire désirante. Cela signifie que plus on vit l’orgasme, plus nous aurons des facilités à cultiver notre désir.

Propos recueillis par Joëlle Smets.

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