L’art et le sexe, c’est la même chose!

Les deux amies de Francis Picabia, 1941-1942

Les deux amies de Francis Picabia, 1941-1942

« L’art et la sexualité, c’est la même chose », écrivit Picasso. Sans doute la création et le désir sont-ils depuis toujours intimement liés. Les premières Vénus remontant à la nuit des temps, qu’il s’agisse de celle de Hohle Fels vieille de 40.000 ans ou de celle de Willendorf datant de 25.000 ans, ont des seins et des fesses qui ne peuvent laisser personne indifférent.

Saint Sébastien de Guido Reni, vers 1615
Saint Sébastien de Guido Reni, vers 1615

L’art serait ainsi étroitement lié au désir et au plaisir érotique. À découvrir « L’art de l’érotisme, on est plus persuadé que jamais de la réalité de ces liens. Tourner les pages de papier glacé de ce magnifique ouvrage permet de se rendre compte combien ces rapports ne s’expriment pas de la même façon au fil des siècles. La création suit l’évolution de la société, se faisant plus explicite aux périodes libérées. Mais même dans les moments de rigueur morale, de banales représentations de martyrs et autres saintes peuvent exhaler un parfum lascif troublant. Il suffit de voir la sculpture baroque de Sainte Thérèse réalisée par Le Bernin pour se demander si l’extase de la religieuse est bien mystique et non pas orgasmique. Mais si l’art suit son temps, il peut également le devancer, comme nous l’explique Rowan Pelling dans la préface de l’ouvrage. C’est Gustav Klimt qui voit ses œuvres accusées d’« érotisme malsain » Mais comment dès lors, peut-on se demander, les artistes contemporains répondent-ils aux évolutions d’une société occidentale qui se prétend sexuellement libérée ? Que peuvent-ils encore érotiser, fantasmer ? Quand peuvent-ils choquer et devancer un monde que l’on dit hypersexualisé ? Rowan Pelling qui est aussi rédacteur en chef du magazine The Amorist, répond à ces questions et explique que la création contemporaine ne fait plus l’éloge de la beauté et ne célèbre plus la force vitale des désirs comme le firent les siècles précédents. Après deux guerres mondiales et l’invention de la psychanalyse, l’art s’attache davantage à représenter ce qu’il craint de désirer et peut ainsi comme dans le tableau « Méditation » de Francesco Clemente montrer une étreinte sexuelle et mortelle, une femme tenant le sexe en érection d’un homme tout en lui plantant un couteau dans le cœur…

Lilith am Roten Meer de Anselm Kiefer, 2012.
Lilith am Roten Meer de Anselm Kiefer, 2012.

C’est cette superbe traversée temporelle, esthétique et érotique, que nous offre « L’art de l’érotisme ». Plus pratiquement, l’ouvrage met en évidence quelque 170 œuvres appartenant à tous les siècles et toutes les cultures. Les estampes d’Hokusai, les miniatures persanes ou les fresques de Pompéi se mêlent aux peintures de Picasso ou de Delvaux, sculptures de Michel Ange et Louise Bourgeois, photos de Jeff Koons ou Helmut Newton. Les créations classées par ordre chronologique appartiennent à différents médias ; la peinture, la sculpture, le dessin, la gravure, la photo… Elles sont signées d’artistes célèbres comme par des moins connus et même quelques anonymes. Mais toutes – ou presque- nous offrent des émotions voluptueuses !

Oreste de Pierre et Gilles, 2013.
Oreste de Pierre et Gilles, 2013.

Joëlle Smets.

Edition numérique des abonnés

L’art de l’érotisme est paru chez Phaidon, 272 p., 75 euros

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