« La séduction est un pouvoir extraordinaire »

Qu’est- ce que la séduction ? Marie-Francine Mansour répond à la question à travers les portraits de grands séducteurs et séductrices d’hier et d’aujourd’hui. Interview de l’auteur de « Ruses et plaisirs de la séduction ».

Une manipulation ? Un art ? Un vice ? Un jeu vieux-jeu? Une arme ? Une entreprise de persuasion ? Un plaisir ? Qu’est-ce que la séduction ? En ces temps de dénonciation du harcèlement et de guerres féministes, il est difficile de répondre à la question tant la séduction semble un sujet délicat. Comme on le découvre dans l’ouvrage historique « Ruses et plaisirs de la séduction » de Marie-Francine Mansour, la séduction n’est pas une mais multiple et irréductible. Elle ne peut être appréhendée qu’au travers de personnalités, d’hommes et de femmes qui ont usé et abusé de ce pouvoir. C’est ainsi que l’auteur, historienne de l’art de formation, nous raconte les talents de grandes séductrices et de séducteurs notoires, d’hier et d’aujourd’hui, réels et fictifs, de Pandore à Don Juan en passant par Salomé, Shéhérazade, madame de Pompadour…. De quoi nous réconcilier avec ce qui aujourd’hui semble trop souvent être l’expression d’un vice.

Vous parlez de la séduction de façons très différentes. Vous écrivez qu’elle est un « art de la guerre », une « lutte », un don permettant « d’assouvir le besoin d’immortalité »… Au final, comment la définissez-vous ?

La séduction est indéfinissable ; elle est trop complexe pour l’être car elle peut être destructrice comme créatrice. Mais il est sûr qu’elle est un pouvoir extraordinaire, excessif,  qui n’est pas inné mais dépend de la connaissance qu’on a de soi. Pour avoir de la séduction, il faut être conscient de son pouvoir et le travailler.

Quelles qualités faut-il pour séduire ? La beauté est-elle indispensable ?

Le corps ne suffit pas. Il faut aussi avoir de l’esprit, de l’intelligence, de l’imagination, de la créativité. Aspasie par exemple fut une courtisane grecque d’une grande beauté et d’une immense culture. Elle séduisait les hommes par ses conversations. Elle donna d’ailleurs des cours de rhétorique à Périclès qui quitta son épouse pour elle. Mais la séduction demande aussi du mystère. Elle requiert de savoir ménager des surprises. Phryné par exemple, une autre célèbre courtisane grecque du IV e siècle avant Jésus-Christ, envoûta bien des hommes alors que jamais elle ne montrait son corps. Elle ne découvrit un sein que lors du procès d’impiété dont elle fut l’objet. Son sein fut jugé d’une telle beauté qu’elle fut acquittée.

La séduction a été considérée par l’Eglise comme le premier des péchés et l’apanage vicieux des femmes.

La séduction débute avec Eve qui a transgressé l’interdiction divine de goûter au fruit de  l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Eve a écouté le serpent et croqué dans le fruit défendu pour le proposer à Adam. Elle le corrompt et engendre une cascade de problèmes, le départ du paradis, le travail, la souffrance et la mort. Mais en même temps Eve crée l’humanité. Nous sommes toutes les filles d’Eve.

La séduction est- elle la même hier et aujourd’hui ?

La séduction existe-elle encore aujourd’hui ? La séduction demande du temps et de la créativité. Nous sommes aujourd’hui à une époque où tout doit aller vite, on ne prend plus le temps de séduire, d’imaginer, de se réinventer. On veut consommer le plaisir tout de suite.

Longtemps les femmes dominées par les hommes ont usé de ce pouvoir pour faire leur place dans la société. Aujourd’hui l’égalité (théorique) entre les sexes existe, les femmes doivent-elles encore séduire ?

Si une femme veut jouer le grand jeu de la séduction, si elle veut coucher avec un homme, elle a le droit de le faire. Ce qui me semble important, c’est de garder sa liberté.  Mais il est vrai que la séduction peut être un piège. Elle a aussi un aspect destructeur. La belle Otéro fut ainsi la maîtresse de bien des personnalités, du roi Léopold II, du Shah d’Iran, du Kaiser. De nombreux hommes se sont tués pour elle au point qu’elle fut surnommée la « sirène des suicidés ». Mais Otéro qui avait tout reçu a tout perdu ; elle est morte dans la misère.

Vous faites le portrait de nombreuses séductrices. Quelle est votre préférée ?

Il m’est difficile de choisir mais je vous citerais peut-être Agnès Sorel. C’est une femme passionnante. Elle a été la première favorite du roi de France Charles VII et pour arriver à cette place, elle a eu l’intelligence de se refuser longtemps à lui et de le séduire par son esprit. Elle a transformé l’homme dépressif qu’était Charles VII en grand roi. Elle était belle et brillante. Originale aussi. Elle brisa de nombreux codes en vigueur à la cour, notamment dans la façon de s’habiller. Elle a su être amante, mère, conseillère amie. Vierge et putain tout à la fois.

 

Ruses et plaisirs de la séduction est paru aux éditions Albin Michel, 380 p., 24 euros

 

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