Ovidie: «Les hommes ne se soucient pas de ce qui fait réellement plaisir aux femmes»

Ovidie signe «Libres!» avec l’illustratrice Diglee, un manifeste dans lequel elle plaide pour une vraie liberté sexuelle. Interview de la féministe et réalisatrice.

C’est un véritable manifeste contre tous les diktats sexuels que l’album «Libres!» signé par Ovidie! L’auteure française, féministe notoire et réalisatrice de films centrés sur la sexualité, aidée pour l’occasion par la dessinatrice Diglee, incite les femmes à se libérer de toutes les nouvelles obligations qui pèsent sur leurs vies intimes car si le sexe n’a jamais été aussi présent qu’aujourd’hui, il n’en est pas moins prescriptif et normatif. La liberté sexuelle n’est qu’apparente. Pubs, émissions télés, films, applications, magazines nous disent ce qu’il faut faire pour être de bonnes amantes et réussir sa vie sexuelle.

Votre ambition est de libérer les femmes des nouveaux diktats sexuels?

Libérer est un bien grand mot mais je souhaite amener les lectrices à réfléchir aux conditionnements actuels qui dictent leurs choix. Les injonctions auxquelles elles se plient passent aujourd’hui par la publicité, la presse, les blogs, les clips vidéos, les séries, la télé. Tout cet environnement culturel nous conditionne.

Ne pensez-vous pas que les femmes ont conscience des différences qu’il y a entre leur monde et celui que leur présentent les médias?

Cette conscience dont vous parlez n’évite pas le conditionnement. Même si nous avons conscience que les mannequins ont de corps d’anorexiques ou que leurs photos publiées sont retouchées, nous n’arrivons pas pour autant à nous libérer de ce diktat de la minceur et sommes malheureuses si nous grossissons.

Vous soulignez que même si l’égalité des sexes est une valeur défendue dans notre société, les femmes sont encore et toujours soumises à la domination masculine.

Les femmes ont toujours besoin d’être validées par le regard masculin. Mais ce n’est pas l’homme comme individu que je pointe – il y a des hommes formidables – mais l’ensemble d’un système dominé par les hommes.

Ne pensez-vous pas que beaucoup d’hommes sont soucieux du plaisir de leur partenaire; ce plaisir pouvant même les flatter dans leur virilité.

Non, c’est se bercer d’illusions que de croire cela. Beaucoup d’hommes veulent que leurs femmes jouissent mais en fonction de leurs propres critères du plaisir. Ils vont les pénétrer et leur faire une bonne sodomie pour les faire jouir. Ils ne soucient pas de ce qui fait réellement plaisir aux femmes. Je ne suis pas sûre que cela flatterait un homme de faire jouir sa partenaire avec un vibromasseur.

Vous épinglez de nombreux diktats qui pèsent sur nos vies sexuelles: épilation, expériences multiples, sodomie… Ne pensez-vous pas que les femmes sont également soumises au diktat de la jouissance suprême. Elles doivent vivre l’orgasme!

C’est exact. On demande aujourd’hui aux femmes de booster leur libido, d’être au top, de connaître à chaque relation l’orgasme. Ce diktat fait partie du culte de la performance qui est propre à notre société. On attend encore des femmes qu’elles pimentent la vie intime du couple, varient les positions de sorte que leurs compagnons ne s’ennuient pas au lit.

Pourtant de nombreuses femmes se plaignent de perte de désir. C’est même la première cause de consultation en sexologie.

Cela en dit long sur la sexualité des femmes. Beaucoup ne sont pas satisfaites de leur vie intime. Elles ne sont pas écoutées dans leurs désirs ou ne cherchent pas à dire ce qui leur fait plaisir. Au début elles font comme si elles étaient satisfaites et puis non épanouies, leurs envies diminuent.

Vous êtes une féministe engagée – et une féministe pro-sexe- ainsi qu’une réalisatrice et experte des sujets touchants à la sexualité et la pornographie en particulier. Quels liens établissez-vous entre féminisme et sexualité?

La domination masculine s’est toujours ancrée dans le corps des femmes et leur libération n’existe pas s’il n’y a pas la libération des corps. Le féminisme passe par le droit des femmes à disposer de leur corps comme elles le veulent, à faire l’amour ou ne pas faire l’amour avec qui elles veulent, quand et comment elles veulent, à accoucher ou avorter. Le corps de la femme est l’ancrage du féminisme.

Propos recueillis par Joëlle Smets.

Libres est paru aux éditions Delcourt, 96 p., 18,50 euros

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