Le cannabis favorise-t-il le plaisir sexuel ?

Une étude de la très sérieuse Université de Stanford montre que la drogue augmente la fréquence des relations sexuelles. Qu’en penser ?

Il a ses défenseurs acharnés et ses opposants irréductibles. Le cannabis suscite bien des débats passionnés entre ceux qui veulent la légaliser, l’appréciant pour ses effets relaxants et euphorisants et ceux qui la condamnent pour ses mille et un effets négatifs : des vomissements à la schizophrénie en passant par les angoisses, bouffées délirantes, isolement social, diminution des performances cognitives, risques accrus de développement d’une maladie mentale et autres troubles psychologiques …- on arrête là la liste des méfaits de cette drogue douce -. Et l’étude « Association Between Marijuana Use and Sexual Frequency in the United States: A Population-Based Study » que vient de publier le très sérieux « Journal of sexual medicine » va rajouter aux discussions car celle-ci associe la drogue à une sexualité plus active, soulignant ses effets positifs sur la libido alors que bien d’autres travaux antérieurs ont mis en évidence ses conséquences négatives sur la sexualité…

Pas moins de 20 % de rapports sexuels supplémentaires

Cette étude dirigée par le dr Michael Eisenberg, professeur adjoint d’urologie de la prestigieuse Université de Stanford s’est intéressée à la consommation de cannabis (sur les 12 derniers mois) et à la fréquence des rapports sexuels (lors des 4 dernières semaines) de 50.000 Américains âgés de 25 à 45 ans  –  28.176 femmes et 22.943 hommes – . A partir des réponses données par ce grand échantillon de population repris de l’Enquête Nationale de l’Accroissement de Famille qui est organisée chaque année aux states par les CDC, les « Centres pour le Contrôle et la Prévention des Maladies », l’étude universitaire a mis en évidence que le cannabis augmentait la fréquence des rapports sexuels de 20%. Les femmes qui consomment du cannabis quotidiennement ont déclaré en effet 7,1 rapports sexuels au cours des 4 dernières semaines alors que les femmes qui n’en consomment pas, ont dit qu’elles avaient eu 6 relations sexuelles. Chez les hommes qui consomment cette drogue douce, le nombre de rapports déclarés fut de 6,9 contre 5,6 pour ceux qui ne prennent pas de cannabis. Un lien positif existerait ainsi entre la consommation de la drogue et la sexualité et ce, qu’elles que soient les caractéristiques socio-économiques des personnes ou leur statut familial. Et le responsable de l’étude, le dr Michael Eisenberg de conclure: « La consommation fréquente de cannabis ne semble pas altérer la motivation ou la performance sexuelle et est même associée à une augmentation de la fréquence coïtale ».

Des problèmes sexuels multiples

De quoi rassurer les 20 millions d’Américains et quelque 350.000 Belges qui consomment régulièrement du cannabis ! Sans doute ne faut-il pas trop vite se tranquilliser de sa consommation grâce cette étude. Ses résultats doivent en effet être interrogés tant ils vont en effet à l’encontre de bien des recherches antérieures.

Le cannabis est connu pour ses effets négatifs sur la sexualité ; il peut en effet entrainer perte du désir, perte de l’érection, troubles de l’éjaculation éventuels, altération de la qualité des spermatozoïdes, altération du développement cérébral chez le fœtus…Il peut aussi entraîner une diminution du vaginisme, cette contraction des muscles rendant impossible la pénétration et une baisse des dyspareunies, ces douleurs lors des rapports. Tout comme il peut engendrer des désinhibitions sexuelles accompagnées de perte de contrôle qui risquent d’entraîner un passage à l’acte non réellement consenti. Et puis le cannabis est encore connu pour son effet psychotrope. Il altère la mémoire et la perception de la qualité et du nombre de rapports sexuels. Certains types de cannabis comme l’amnesia a un effet de désinhibition sexuelle ainsi qu’un effet euphorisant et amnésiant. »

Les effets négatifs du cannabis  sur la mémoire fragilisent les résultats de l’étude menée par l’Université de Stanford. Celle-ci pose encore question car elle ne précise pas la quantité ou le type de cannabis consommés, ni quelle était l’activité sexuelle des consommateurs de cannabis avant qu’ils n’adoptent la drogue. Peut-être avaient-ils davantage de relations sexuelles quand ils ne fumaient pas. Elle ne dit pas non plus si ces rapports se passaient bien, étaient jugés satisfaisants pour les deux partenaires et n’avaient pas connu de problèmes tels que les difficultés érectiles et orgasmiques, les baisses de désir et d’excitation et les rapports douloureux que connaissant souvent les grands consommateurs de cannabis. Il ne faut pas négliger non plus le fait que les personnes ont tendance à surestimer le nombre des relations sexuelles pour minimiser l’impact sur la santé d’une substance considérée comme nocive.

L’étude de Stanford nous laisse donc dans le flou. Elle conclut aux effets positifs du cannabis mais est critiquable à bien des niveaux. Et ce flottement dans lequel elle nous laisse,  n’est-il pas à l’image de la position belge par rapport à cette drogue ? Légalement notre pays considère que détenir ou cultiver du cannabis reste une infraction punissable d’une amende ou d’une peine d’emprisonnement mais en pratique la Belgique tolère la consommation personnelle et la détention de 3 grammes de cannabis.

 

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