Éducation sexuelle: voici ce que nos enfants apprennent à l’école

En Belgique francophone, tous les élèves doivent participer à des animations d’éducation aux relations affectives et sexuelles. Comment se passent-elles?

Éduquer les jeunes à l’amour! Les amener à l’épanouissement de leur vie relationnelle, affective et sexuelle! L’ambition est aussi louable qu’essentielle. En juillet 2012, le Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles s’y attachait lui qui votait l’inscription de l’ «EVRAS» dans les missions de l’école. Derrière le terme quelque peu étrange si ce n’est barbare d’EVRAS – terme qui désigne tout simplement en abrégé «Éducation à la Vie Relationnelle, Affective et Sexuelle» – se profilait la volonté politique de sensibiliser les jeunes à toutes les dimensions de la vie amoureuse. Ainsi tous les établissements scolaires se virent dans l’obligation de mettre dans leurs programmes des animations sensibilisant les jeunes aux choses de l’amour qu’elles soient physiques ou affectives. Il fut demandé aux écoles de parler aux élèves des problèmes de grossesse, contraceptions et d’IST mais aussi de thématiques aussi vastes et nombreuses que les sentiments, les désirs, les changements physiques, la virginité, l’homosexualité, l’identité de genre, la violence, la pornographie… C’est qu’il s’agissait de faire réfléchir les jeunes à tous les enjeux de la vie amoureuse, aussi bien sexuels qu’affectifs, corporels qu’émotionnels ainsi que de déconstruire toutes les idées reçues et les stéréotypes!

«C’est une bonne chose de sensibiliser les enfants dès la fin des primaires aux relations affectives et sexuelles», dit Martine Laloux, sexologue. «Ces temps d’échange entre animateurs et jeunes sont importants pour aborder toutes les dimensions de l’intime, parler du respect de soi et du rapport à l’autre. Ces animations sont d’autant plus importantes que les enfants sont confrontés de plus en plus jeunes à la pornographie.»

Pas de norme au niveau de la mise en place des animations

Si les animations EVRAS sont obligatoires pour tous les établissements scolaires, les parlementaires n’ont pourtant rien précisé quant aux méthodes, acteurs impliqués ou encore contenu précis des animations. La mise en pratique et l’organisation des moments EVRAS est entièrement confiée à la direction de chaque école qui doit cependant préciser dans son rapport d’activité ce qu’elle a mis en place pour faire vivre ce programme. Ainsi les unes peuvent demander à leurs professeurs de science ou même de religion ou français de sensibiliser les jeunes aux questions EVRAS quand les autres vont faire appel au centre PMS, aux services de promotion de la santé à l’école, à une ASBL ou aux animateurs des différentes fédérations de plannings familiaux. Une liberté qui peut s’avérer problématique car il s’est vu certains établissements faire appel à des associations ultrareligieuses qui donnaient des informations fausses et rétrogrades sur la contraception, l’IVG ou l’homosexualité

«Les animateurs que nous envoyons dans les écoles sont formés pour répondre aux besoins et aux questions des jeunes», explique Catherine Vanesse, responsable du service «promotion santé» de la Fédération laïque de Centres de planning familial. «Ils cherchent à établir un climat de confiance dans les classes et s’adaptent toujours à l’âge des élèves, sans anticiper leurs questions. Ils n’ont pas de programme imposé même si en général ils essaient d’aborder les questions liées à la contraception et le fonctionnement des plannings familiaux pour que les jeunes puissent s’y rendre par la suite s’ils le désirent. Pour soutenir ces animations, ils ont également des outils pédagogiques à leur disposition, des jeux de connaissance, des quiz, et des photos langage car tous les élèves n’ont pas la possibilité de parler d’intimité.»

«Ce ne sont pas des cours d’éducation sexuelle que nous donnons mais des animations aux relations affectives», dit Jihan Seniora, responsable de la coordination de la Fédération des Centres de Planning familial des Femmes prévoyantes socialistes. «L’ambition d’EVRAS est bien plus large que sexuelle. Et elle est pertinente pour tous les âges et devrait se poursuivre bien au-delà de l’école car ces questions se posent à tous les âges.»

Pas de nombre d’heures imposé

Mais outre la totale liberté laissée aux écoles quant à l’organisation, les animations d’EVRAS sont confrontées à un autre problème; une absence totale d’horaire. Les parlementaires n’ont pas précisé le nombre d’heures que l’école devait y consacrer. À Bruxelles, le budget alloué par Céline Fremault, Ministre en charge de l’Action sociale au sein de la Commission communautaire française, permet de mettre en place une animation EVRAS de 50 minutes à la fin du primaire et une autre de 50 minutes au début du secondaire… Deux petites animations sur tout le parcours scolaire pour parler de sujets aussi nombreux et importants que les contraceptifs, les sentiments, le respect de l’autre, l’identité de genre… La Wallonie est mieux lotie grâce à des sources de financement supplémentaires notamment APE, Aide à la promotion de l’emploi. Les écoles peuvent recevoir plus d’animations; certaines proposent même deux heures d’animation par an à chaque niveau d’humanités.

«On ne connaît pas exactement quel est le nombre d’heures d’animation EVRAS que les enfants reçoivent. Aucun recensement n’existe pour le moment. Mais en restant raisonnable, l’idéal serait qu’ils aient deux fois deux heures d’animation durant le primaire et 2 x 2 heures en humanités entre la 1 ère et la 4 e secondaires. Ensuite pour les 5e et 6e secondaires, il faudrait une journée d’animation» explique Gaëtan De Laever, directeur de la Fédération laïque des Centres de Planning familial.

On est loin du compte…

 

 

«Les animations EVRAS sont parfois la première fois qu’ils parlent d’intimité avec un adulte»

Interview de Valérie Doyen, sexologue au centre de Planning familial le 37 à Liège

Comment se passe une animation EVRAS?

Tout dépend de l’âge des élèves et de leurs attentes. Ce matin, j’étais dans une classe de première humanité rénové de l’école Saint-Joseph à Liège auprès de jeunes âgés de 12 à 14 ans issus de milieux socioculturels très différents. En accord avec l’école, nous avons décidé de leur proposer de parler de la puberté. Mais attention ce sont les jeunes qui posent des questions.

Quelles questions vous ont-elles été posées?

Ils m’ont interrogée sur les changements physiques qui surviennent à l’adolescence, les poils, la masturbation, les sentiments. Un garçon m’a demandé comment on savait qu’on était amoureux. Un autre a voulu savoir pourquoi son sperme sortait «bizarrement» – c’est son expression – quand il se touchait… Les questions sont très variées. Il faut savoir que nous séparons les garçons et les filles lors de ces échanges pour que tout le monde soit à l’aise. Ma collègue qui avait le groupe des filles a eu des questions sur les règles, les protections hygiéniques, les tampons que certaines n’avaient jamais vus…

Vous allez aussi dans les classes de primaire. Que travaillez-vous avec ces enfants?

Comme pour les plus grands, nous partons toujours de leurs questionnements tout en leur proposant une thématique, comme celle des émotions. On aborde les 4 grandes émotions, la colère, la peur, la tristesse et la joie qu’on met en lien avec les relations affectives. On a pas mal d’outils pour travailler avec eux, des cartes, des photos langages à partir desquelles on peut réfléchir et échanger.

Ces animations EVRAS sont-elles importantes?

Elles sont très importantes! Pour certains jeunes issus de milieux difficiles, c’est la première fois qu’ils parlent d’intimité et de relations affectives avec un adulte.

 

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