«Les prostituées sont des femmes exceptionnelles»

Rose jouée par Stéphanie Van Vyve et Nacho joué par Pedro Romero.

Rose jouée par Stéphanie Van Vyve et Nacho joué par Pedro Romero.

En mini-robe et talons hauts, Rose se déhanche en vitrine et attend le client mais l’homme qui déboule dans sa carrée ne vient pas pour ses charmes mais pour échapper à la police. L’argentin clandestin quittera bien vite les lieux mais reviendra plus tard remercier Rose en lui offrant des fleurs, des « belles de nuit ». Entre ces deux « parias » de la société, entre Nacho et Rose, un lien se crée, non pas d’amour – ce serait trop simple et trop évident – mais un lien aussi personnel qu’économique. Tous deux rêvent de liberté, d’indépendance, de vie normale. Mais est-il possible de changer de vie quand on est putain ou clandestin ? On ne vous raconte pas ce qui va se passer entre ces deux-là mais la pièce « Belles de nuit » jouée aux Riches-Claires dont le titre est un clin d’œil au film « Belle de jour » de Luis Bunuel nous parle de la prostitution (consentie !!!) avec justesse. Pas de leçon de morale, ni de diabolisation du plus vieux métier du monde. Pedro Romero qui a écrit la pièce et l’interprète aux côtés d’une très belle Stéphanie Van Vyve, Prix 2015 de la critique de la meilleure comédienne, prend la défense de la femme qui décide de vendre son corps. Il nous parle de Rose, de son parcours, de ce qui l’a amené à faire ce métier – l’argent et le hasard des rencontres –, de ses 9537 clients si différents et de son envie de tourner la page. Pedro Romero nous fait également beaucoup rire grâce au personnage d’une femme de ménage qui tous les matins, nettoie la carrée de Rose. Un spectacle émouvant et drôle, entre critique sociale et comédie !

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La prostitution est le plus vieux métier du monde mais aussi le plus méprisé.

Absolument mais pour moi les prostituées sont des femmes exceptionnelles qui savent ce qu’est l’homme. J’ai rencontré Sonia Verstappen, une ancienne putain qui milite pour la défense de son métier. Elle m’a raconté qu’elles avaient trois sortes de clients, ceux qui viennent pour réaliser un fantasme sexuel bien précis, ceux qui sont en couple et veulent faire autre chose que ce qu’ils font avec leur compagne et n’osent pas le lui demander. Enfin dernier groupe de clients : ceux qui viennent simplement parler, se confier, demander de l’amour et ne veulent pas de sexe. Les prostituées ont un rôle de psychologue évident !

Vous prenez la défense de la prostitution consentie. Il n’est pas question ici des réseaux dans lesquels des femmes sont exploitées et enfermées.

Oui je défends la prostitution – consentie, bien évidemment- mais sans faire de militantisme. Bien sûr la prostitution n’est pas un idéal de vie, ni un métier comme un autre. Mais la femme qui se prostitue est bien plus qu’un corps qui se donne. Elle est aussi une personne qui écoute et apaise les hommes ; les soigne en quelque sorte. Il faut se rendre compte que tous les clients qui viennent la voir, aussi différents soient-ils, viennent tous portés par des frustrations, sexuelles, affectives ou personnelles. Ce qui m’intéressait au départ, c’était la femme qui se cache derrière la prostituée ainsi que la thématique « devenir autre », « passer à autre chose » qui lie les 4 personnages de la pièce.

Muriel, la femme de ménage rêve de faire le même métier que Rose. Être « technicienne de surface » vous parait un métier plus dur que celui de prostituée ?

C’est une provocation bien sûr. C’est le côté comédie du spectacle. Le mot « putain » est une insulte des plus courantes et j’avais envie de prendre le contre-pied de cette vision avec le personnage de Muriel qui rêve d’être une pute. Mais je crois – et cela n’engage que moi- que ce métier fait fantasmer. Les hommes comme les femmes. Toute femme a rêvé à un moment ou un autre de sa vie, ne fût-ce qu’un bref instant, de se mettre à la place de la prostituée, cette professionnelle du sexe qui accueille à longueur de journée les hommes. Mais je m’engage là… Il y a sans doute des femmes pour qui c’est totalement insupportable.

Propos recueillis par Joëlle Smets.

Belles de nuit se joue au Centre culturel des Riches- Claires jusqu’au 30 septembre. Adresse, 24 rue des Riches Claires, 1000 Bruxelles. Tél. 02 548 25 70

http://lesrichesclaires.be/

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LA PROSTITUTION EN BELGIQUE

La position de la Belgique est ambiguë puisque la prostitution est autorisée mais le racolage ainsi que le proxénétisme sont interdits.

La Belgique compterait entre 15.000 et 23.000 prostituées selon le Rapport 2015 de l’Observatoire bruxellois pour la prévention et la sécurité.

90 % de ces personnes seraient étrangères

10 % subiraient un état d’exploitation grave

90 % souffriraient de stress post-traumatique

Bruxelles abriterait 5.000 prostitués dont un tiers serait des hommes et un cinquième serait en vitrine.

La rue d’Aerschot en face de la Gare du Nord compte à elle seule 57 salons.

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