Le sexe est-il toujours important pour les femmes de 50 ans?

Incontinence, douleurs importantes, difficultés à s’asseoir et incapacité à avoir des relations sexuelles : en 1995 Maria Morais a été véritablement charcutée à l’Hôpital central de Lisbonne où elle était entrée pour une opération des glandes de Bartholin, ces petites glandes situées à l’entrée du sexe et qui assurent la lubrification du vagin. Des examens réalisés dans une clinique privée allaient apprendre à cette femme mariée de 50 ans que le chirurgien avait touché le nerf pudendal, ce nerf qui innerve toute la région basse du bassin. Forte des résultats qui concluaient à une erreur médicale, Maria Morais porta plainte contre l’hôpital et obtint réparations du Tribunal administratif de Lisbonne qui lui accorda 80.000 euros en guise d’indemnisation des douleurs physiques et psychologiques subies, et 16.000 euros pour rémunérer une aide-ménagère.

« 50 ans, un âge où la sexualité ne compte plus autant. »

Mais le jugement n’était pas pour plaire à l’Hôpital central de la capitale portugaise qui fit appel devant la Cour administrative suprême du pays. En octobre 2014, celle-ci rendait un autre jugement qui acceptait les premières conclusions tout estimant que les indemnités étaient trop importantes étant donné que les problèmes de la plaignante n’étaient pas apparus après l’opération mais qu’ils s’étaient aggravés. Maria Morais allait recevoir désormais 50.000 euros d’indemnisation et 6.000 euros pour une aide-ménagère. Surtout elle allait s’entendre dire qu’« en tout état de cause, à la date de l’opération, la requérante avait déjà deux enfants et 50 ans, un âge où la sexualité ne compte plus autant que lorsqu’on est jeune, son importance diminuant avec l’âge ». Quant à la diminution des sommes données pour l’aide-ménagère, elle était justifiée par le fait que la requérante n’avait pas besoin d’une aide à temps complet, car, « vu l’âge de ses deux enfants, elle n’a probablement à s’occuper que de son époux  »…

Un tel machisme choqua Maria Morais et le Portugal tout entier. Le pays s’émut de ce jugement qui fut décrit comme un jugement « de Taliban ». En avril 2015, Maria Morais décidait de saisir la Cour européenne des droits de l’homme pour discrimination et non respect du droit à une vie privée et familiale. Elle réclamait le droit à une vie sexuelle !

Le Portugal, pays de préjugés sexistes

Le 25 juillet dernier, la Cour européenne qui siège à Strasbourg vient de lui donner raison, obligeant le Portugal à lui verser 3.250 euros pour dommage moral et 2.460 euros pour ses frais et dépenses. L’instance européenne a estimé que la Cour administrative suprême du Portugal avait pris une décision fondée « sur le postulat que la sexualité n’est pas aussi importante pour une femme de 50 ans et mère de deux enfants, que pour quelqu’un de plus jeune » alors que l’égalité des sexes est « un objectif majeur pour les États membres du Conseil de l’Europe, ce qui veut dire qu’il faut de bonnes raisons pour qu’une différence de traitement fondée sur le sexe puisse être acceptée comme étant compatible avec la Convention ». De plus ce postulat « reflète une vision traditionnelle de la sexualité féminine selon laquelle cette dernière est liée, par essence, à la procréation ». Elle « ignore l’importance physique et psychologique de la sexualité pour l’épanouissement des femmes, comme être humains ». La Cour de Strasbourg juge que de telles « considérations révèlent les préjugés qui prévalent dans la magistrature au Portugal » et qui furent déjà épinglés lors de rapports rendus par l’ONU.

La Cour européenne des droits de l’homme a rappelé que ce jugement contrastait avec ceux qui furent rendus en 2008 et 2014 par la Cour suprême de justice du Portugal pour des affaires liées à de fautes médicales affectant des hommes de plus de 50 ans. Soumis par erreur à des prostatectomies totales, deux quinquagénaires étaient devenus impuissants et incontinents, ce qui leur avait valu des indemnités de 225.000 euros pour l’un et de 100.000 euros pour l’autre car selon la Cour suprême portugaise, l’impossibilité de relations sexuelles avait « affecté leur estime d’eux-mêmes. »

 

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