Donald Trump obsédé par le sang des femmes

Dans ses insultes sexistes, le président américain ne manque pas d’évoquer le sang des femmes. Camille Emmanuelle, auteure de l’essai Sang tabou, analyse et resitue les propos présidentiels.

 

On pouvait voir du sang sortir de ses yeux, du sang sortir de son… où que ce soit». En 2015 Donald Trump insultait en ces termes la journaliste de CNN, Megyn Kelly, qui avait eu l’audace de lui rappeler ses propos sexistes tenus vis-à-vis des femmes. Les paroles de celui qui était alors un homme d’affaires en pleine campagne électorale avaient immédiatement fait réagir les Américaines qui lançaient sur Twitter le hashtag #periodsarenotaninsult, #les règles ne sont pas une insulte. Et voilà que la semaine dernière Donald Trump s’en prenait à nouveau à une journaliste de la chaîne MSNBC en évoquant son sang. Après avoir qualifié Mika Brzezinsk, de «Mika-la folle au faible Q.I.», il évoqua le sang qui coulait abondamment – non pas de son sexe – mais de son visage en raison d’une chirurgie esthétique. Camille Emmanuelle, auteure de Sang Tabou, un essai intime, social et culturel sur les règles, analyse de tels propos héritiers d’un machisme ancestral.

Le président américain semble avoir un gros problème avec le sang des femmes et en particulier avec celui des règles…

 

Quand il évoque leur sang, Donald Trump tente de diminuer les femmes et de s’en moquer. Il les méprise et perpétue ainsi une pensée très ancienne qui fait croire que les femmes ne peuvent contrôler ni leur corps – leur sang s’écoule chaque mois sans qu’elles ne puissent rien y faire –, ni leurs émotions, ni leur cerveau. Elles ont des règles chaque mois et sont donc des êtres hystériques et irrationnelles. Donald Trump se montre sexiste et non scientifique car si certaines femmes sont impactées par la chute hormonale qui peut engendrer un changement émotionnel, celle-ci ne se produit pas au moment des règles mais deux jours avant. À cause d’un tel sexisme, beaucoup de femmes sont dans le déni de leurs émotions liées à ce changement hormonal car elles craignent de passer pour des emmerdeuses.

 

D’autres personnalités actuelles ont-elles également moqué publiquement les femmes et leurs règles?

 

En France, en 2015, lors du débat sur la taxe tampon qui voulait faire passer la TVA de 21 à 5,5% en considérant que le tampon est un produit de première nécessité et non un produit de luxe, il s’est trouvé un homme, Christian Eckert, le Secrétaire d’État au Budget pour mettre sur le même plan la protection hygiénique et la mousse à raser. Il faisait preuve d’une totale méconnaissance de la réalité des règles.

 

Donald Trump s’inscrit dans un héritage très ancien. Dans votre ouvrage Sang tabou, vous brossez l’historique de ce mépris pour les femmes et leurs règles.

 

Déjà au 1er siècle, le savant Pline l’ancien écrivit qu’il n’y avait rien de plus malfaisant que le sang menstruel. Dix- huit siècles plus tard, le professeur italien de médecine légale Cesare Lombroso expliqua que la femme est capable de tout pendant ses règles. Elle peut devenir une folle criminelle! En fait depuis l’Antiquité, la femme qui a ses règles fait peur: comment un être peut-il ainsi saigner et ne pas mourir? Mais les trois religions monothéistes vont remettre une couche sur cette peur qui prête à la femme réglée une forte capacité de nuisance. Elles vont considérer le sang menstruel comme sale. Dans la religion islamique, une femme qui a ses règles ne peut pas prier, ni toucher ou lire le Coran,. Elle ne peut pas davantage jeûner pendant le ramadan, ou entrer dans une mosquée ou avoir des relations sexuelles. La Bible dit elle aussi que la femme est impure pendant 7 jours et que tout meuble ou tout objet sur lequel elle s’assied est impur. Dans la Torah, elle l’est également et si elle a des relations sexuelles à ce moment-là, elle transmet son impureté. Les religions ont diffusé ce message d’impureté et jeté un regard négatif sur le corps féminin.

 

Les choses changent, expliquez-vous dans votre essai.

 

Depuis 4-5 ans en effet, les choses évoluent et la société commence à «dé-tabouiser» les règles. Ce sont les réseaux sociaux qui font bouger les choses: les femmes y prennent la parole et y racontent leurs règles. Des personnalités font évoluer le regard sur le sang des femmes. Des sportifs de haut niveau comme des stars brisent le tabou des règles et en parlent. Comme cette championne de natation Fu Yuanhui qui a expliqué sa contre-performance sportive au JO par le fait qu’elle était plus faible à cause de ses règles ou l’actrice et réalisatrice américaine Lena Dunham, qui a parlé de ses problèmes de règles qui l’ont fait aller tant de fois à l’hôpital ou la batteuse du groupe Mia, Kiran Gandhi qui a couru le marathon de Londres sans aucune protection. Elle voulait attirer l’attention sur toutes les femmes qui n’ont pas droit au tampon et sur celles qui souffrent pendant ces périodes. Les choses bougent!

 

sang tabouindex

Sang Tabou est publié aux éditions la musardine, 208 p., 17 euros

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