Sexe sous les étoiles

La bédé Sous les étoiles rassemble des histoires érotiques audacieuses bien éloignées des clichés pornographiques. Interview de son auteure, Laura Scarpa.

 

Les amours se suivent et ne se ressemblent pas. Les uns font l’amour dans le cloître d’une église de Rome, leurs sensations attisées par la crainte d’être surpris. Les autres dans le noir, le désir émoustillé par le seul toucher. Les uns se trompent avec leur meilleur ami et les autres s’amusent avec des légumes transformés en godes… Ce sont des histoires érotiques réelles que nous raconte Laura Scarpa, pionnière de la bande dessinée italienne indépendante. Inspirées de son vécu et de celui de ses amis, l’auteure nous offre des désirs gourmands et des plaisirs troublants car ils sont riches en sentiments et en humanité, très éloignés des formatages érotiques et pornographiques.

 

 

Dans les années 90 et jusqu’au début des années 2000, Blue était un magazine très important et beau dont la thématique était l’érotisme. Il publiait des grands noms internationaux comme Cabanes, Moebius, Cadelo, Serpieri… ainsi que de nouveaux auteurs. On y trouvait des histoires très pornographiques et d’autres presque pas. Les lecteurs de Blue reçurent positivement mes récits car j’ai reçu de belles lettres de personnes qui aimaient ma façon de raconter des histoires de tous les jours.

 

Vos récits sont érotiques et non pornographiques même si vous dessinez des sexes en gros plans. Expliquez-nous comment vous parvenez à ne pas tomber dans cet «écueil»?

 

C’est plutôt simple. Mon dessin n’est pas descriptif et réaliste, caractéristiques qui le rendent moins excitant ou porno. Ce qui m’intéresse, au-delà du rapport sexuel quelques fois scandaleux, c’est le sentiment qui anime les personnages, leurs souvenirs, la crainte d’être observés, l’amitié… Autant de moments que nous avons presque tous vécus d’une façon ou d’une autre. Les unir à des moments de sexe racontés explicitement peut exciter d’une façon plus subtile et plus mentale. C’est un des grands avantages de la bédé par rapport au cinéma ou aux photos: elle propose une excitation plus absolue et mentale, moins mécanique.

 

Quelle était votre ambition en signant ces récits érotiques? Faire bouger une société encore conservatrice en la matière? Réveiller le désir des couples?

 

J’ai d’abord relevé le défi de dessiner des histoires érotiques. J’en aimais la thématique; j’avais déjà fait des dessins sexys mais pas des histoires. Je n’ai pas une grande fantaisie érotique, je suis plutôt concrète. La première histoire, celle du coup de téléphone pendant la nuit, m’est arrivée… Cette petite histoire me donna l’envie de la raconter en bédé. Je me suis alors aperçue que la vie était pleine de petits moments qui se développent autour du sexe mais qui racontent des moments particuliers de la vie, des rapports humains et de sa propre identité. C’est ainsi que j’ai commencé à dessiner mes souvenirs et ceux de mes amis. Mais il est certain que de tels récits mettent la sexualité à l’avant-plan. Ils peuvent exciter et aider les lecteurs à renouer avec leur corps, avoir confiance en eux. L’érotisme c’est aussi cela pour moi: rendre les tabous normaux et faire du sexe quelque chose de beau, même s’il implique quelques fois des douleurs, des malaises… La vérité est nue et nos sentiments il faut les dénuder aussi.

 

Dans vos récits, les femmes sont aussi désirantes que les hommes alors que dans notre société, la sexualité est plutôt considérée comme appartenant davantage aux hommes…

 

J’ai vécu la fin des années 70 qui furent très belles et libres. Les femmes avaient conquis la conscience de leurs corps et comprenaient leurs désirs réels. Mais pour moi, entre hommes et femmes, il n’y a pas de différence fondamentale. Pour les deux sexes, l’important est d’être bien avec soi-même, se connaître et s’accepter. La différence est plus subtile, davantage liée à notre personnalité, nos goûts…

 

L’imagination érotique est au cœur de bien des récits. Elle est la clef pour vivre une sexualité heureuse? Quel est le secret d’une sexualité épanouie?

 

Ah! La belle question! Faut-il faire ce que nous désirons? Toujours? On ne peut pas toujours, hélas… Je ne sais pas si vous avez en français le dicton: qui de l’œuf ou de la poule est arrivé le premier? Transposé au sexe, on peut se demander si le sexe nous rend heureux ou si c’est parce que nous sommes heureux que nous vivons une sexualité épanouie. En tout cas, l’important est de s’accepter soi-même et de construire à partir de là. Le sexe, l’amour doivent être jouissance, plaisir, confiance, tensions. La sexualité épanouie est libertaire et donne de l’énergie. Vis-à-vis de son partenaire, il faut avoir confiance et se montrer sincère. Ensuite chacun trouve sa façon.

 

Quelle est pour vous la place de la sexualité dans un couple?

 

C’est une place importante, fondamentale en principe. Avec le temps cela change comme avec l’âge. Mais je crois que la sexualité, dans ses différentes façons d’être, est un lien important. Bien se connaître, cela veut dire aussi avoir une entente, un accord des corps, donc du sexe. Cela peut être très différent d’un couple à l’autre couple, les uns peuvent aimer le sexe étrange ou le sexe partagé, les autres peuvent le faire souvent, d’autres peu. Mais ce qui importe, c’est l’harmonie. Comme dit une prostituée dans le film de Woody Allen Ombres et Brouillard: Si un homme qui aime être monté, trouve une femme qui aime monter, ils seront heureux…

 

Sous les étoiles est paru aux éditions delcourt, collection erotix, 80 p., 18,95 euros

 

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