Vice chez les femmes

En lieu et place de 50 nuances de Grey, pourquoi ne pas lire Vice chez les femmes qui rassemble trois romans sadomasochistes des années 30?

 

«Soudain la cravache siffla, une cravache en fine tresse noire à poignée d’argent. Sur le dos, les reins, les fesses, les cuisses, l’instrument s’abattit, cinglant, vibrant. Peu à peu la peau se zébrait de longs sillages roses. Le grand corps attaché se tortillait, soufflait, tirant vainement sur les courroies.»

Cela fouette, claque, fesse, soumet, humilie et jouit dans Vice chez les femmes, un recueil de trois romans publiés dans la France de l’entre-guerre. Le premier Les égarements d’un asservi, signé par une certaine Lady Imperia raconte les errements d’un financier parisien qui aime se faire humilier et flageller mais se retrouve victime d’un chantage qui peut lui faire perdre sa réputation et sa vie apparemment bien rangée. Il s’agit, comme le dit Christophe Bier dans la préface, d’un «vaudeville féministe qui démontre que les femmes l’emportent toujours sur la bêtise des hommes.» Le second texte Vice secret chez les femmes écrit par Xavier d’Estanges raconte une comtesse tartare, plus criminelle que sadique. Maria Stevenoff s’adonne au pire dans son château. Elle y dompte son «gibier» et parfois le tue quand les jeux de soumission vont trop loin. Elle fait alors jeter le corps dans les oubliettes où il est dévoré par quatre caïmans. Mais un jour, parmi les hommes qu’on lui fait parvenir, il y a Lucien, un jeune orphelin. La comtesse cruelle va découvrir l’amour, un plaisir bien plus fatal. Quant au troisième texte Caresses infernales de Van Styck, il met en scène la princesse Kaïdja, une belle orientale qui domine les hommes comme les femmes.

Ainsi ces trois romans ont en commun des femmes dominatrices qui assument et vivent leurs fantasmes et désirs les plus cruels. Alors que dans le genre, ce sont souvent les femmes qui sont à genoux, ici les élégantes deviennent bourelles – le féminin si peu usité de bourreau. Les femmes sont ici libres et autoritaires. Bourgeoise en cuir verni, comtesse tartare et princesse orientale manient le fouet et se montrent aussi furieuses que sadiques, ce qui comme l’explique Christophe Bier répond sans doute à l’épuisement de la littérature sadomasochiste de l’époque. Le roman dit de flagellation qui fait fureur entre 1890 et 1940 – pas moins de 800 romans sadosmasochistes furent publiés – a épuisé tous les poncifs des récits où les hommes dominent et soumettent. Pour vivifier le genre, les amazones indépendantes firent leur apparition pour faire exulter leur sadisme et contenter le masochisme. Des dominatrices qui ont peu en commun avec la douce Anastasia de 50 Nuances de Grey.

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